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HOMO DOMESTICUS, une histoire profonde des premiers Etats

Article mis en ligne le dimanche 6 décembre 2020

Aucun ouvrage n’avait jusqu’à présent réussi à restituer toute la profondeur et l’extension universelle des dynamiques indissociablement écologiques et anthropologiques qui se sont déployées au cours des dix millénaires ayant précédé notre ère, de l’émergence de l’agriculture à la formation des premiers centres urbains, puis des premiers États.
C’est ce tour de force que réalise avec un brio extraordinaire Homo domesticus. Servi par une érudition étourdissante, une plume agile et un sens aigu de la formule, ce livre démonte implacablement le grand récit de la naissance de l’État antique comme étape cruciale de la « civilisation » humaine.
Ce faisant, il nous offre une véritable écologie politique des formes primitives d’aménagement du territoire, de l’« autodomestication » paradoxale de l’animal humain, des dynamiques démographiques et épidémiologiques de la sédentarisation et des logiques de la servitude et de la guerre dans le monde antique.
Cette fresque omnivore et iconoclaste révolutionne nos connaissances sur l’évolution de l’humanité et sur ce que Rousseau appelait « l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ».

La préface de cet ouvrage est rédigée par Jean-Paul Demoule, spécialiste du Néolithique et de l’âge du Fer, professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels Mais où sont passés les Indo-Européens ? Aux origines du mythe de l’Occident et, avec Dominique Garcia et Alain Schnapp (dir.), Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances.

Recension du Monde diplomatique :
S’appuyant sur une vaste documentation archéologique, James C. Scott construit, à l’opposé de la conception traditionnelle de la « civilisation », un récit proposant une lecture critique de la naissance des premières cités-États. Il interroge la domestication des plantes, des animaux et de l’homme même. Si les débuts de l’agriculture et de l’élevage sont bien antérieurs aux premières cités, celles-ci se construisent en lien étroit avec la culture céréalière : la prévisibilité des récoltes permet la constitution d’un appareil administratif, encadrant les hommes et leurs productions, pour en prélever une part. Confronté notamment aux épidémies induites par la promiscuité avec les espèces domestiquées, l’État recourt à la guerre et à l’esclavage pour conserver une main-d’œuvre suffisante à la production d’excédents. Et génère de nouveaux modes de vie, un milieu dont l’aménagement suscite « un appauvrissement de la sensibilité et du savoir pratique de notre espèce face au monde naturel ». La préface de Jean-Paul Demoule situe avec clarté l’ouvrage dans le courant de l’« anthropologie anarchiste » (David Graeber…).

James SCOTT "Homo Domesticus, une histoire profonde des premiers états"
Editions la Découverte, 23 euros

Cet ouvrage est disponible à la Médiathèque de Mille Babords

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2 Messages

  • Le 8 décembre 2020 à 09:21, par pepe

    N’est-il pas un peu excessif de parler de naissance "contingente " des Etats, de l’agriculture et de l’élevage quand on sait que ces créations humaines ont surgi dans plusieurs lieux de la planète isolés les uns des autres et simultanément. On peu même penser, sur cette base, que le passage des chasseurs cueilleurs à l’agriculture puis à la valeur, au travail, à l’exploitation et enfin aux Etats est une espèce de parcours obligé de l’histoire de l’humanité....

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    • Le 9 décembre 2020 à 19:49, par Philippe

      Je me permets de répondre à titre personnel et non pas au nom de la commission Médiathèque.
      La remarque est juste. Cela dit, il me parait important de mettre le focus sur une des thèses centrales du livre : les Etats ne sont pas une fatalité et ils ne représentent pas un progrès dans l’évolution de l’humanité mais sont le résultat d’une évolution sous la contrainte, la coercition, la violence et l’affirmation d’une classe sur l’autre. L’Etat n’est pas une institution qui modère et régule les rapports de force dans la société mais le "fondé de pouvoir de la classe dominante". Toujours. Partout.
      Et le bouquin montre bien que même si ce modèle a fini par dominer la planète par la force, c’est aussi le résultat du "hasard, de la nécessité et de la sélection naturelle".
      C’est pour cela aussi que ce bouquin est si important, en ces temps ou, Gilets Jaunes ou Covid 19, on interpelle l’Etat comme une institution qui ne fait pas son travail, comme si son travail était autre chose que la perpétuation du mode de production capitaliste... Comme si la police etait autre chose que... la violence, autoproclamée légitime !

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