Une tribune pour les luttes

Guerre bourgeoise et propagande de l’horreur

Parti Communiste International

Article mis en ligne le samedi 23 avril 2022

Pour la bourgeoisie la propagande de l’horreur est une arme de guerre. Tous les belligérants utilisent cette arme à leurs propres fins. Le but le plus important qui est poursuivi en documentant avec des images réelles ou spécialement fabriquées, est de justifier la guerre contre l’ennemi ; la population est appelée à se rassembler dans la grande et miraculeuse unité nationale afin d’accroître la force d’impact, ou résistance, des opérations militaires.

Depuis la seconde guerre impérialiste mondiale, les guerres que mènent les classes dominantes, pour leurs intérêts du partage des marchés et du monde, impliquent de plus en plus les populations civiles des pays où se déroulent les affrontements militaires. Bien sûr, en frappant la population civile des pays "ennemis", on sape l’esprit combatif de leurs troupes, en les affaiblissant, les désorientant, les démoralisant, les poussant à se rendre. Plus "l’ennemi" résiste, plus sa population civile est frappée, massacrée, contrainte de fuir ses foyers. Les opérations militaires des classes dominantes bourgeoises ne répondent à aucune morale ; elles sont préparées, organisées, conduites dans le seul but de plier l’ennemi à leurs intérêts immédiats et futurs, intérêts qui ne sont pas seulement militaires, mais politiques, économiques et de domination ; les vies humaines massacrées sont simplement des dommages nécessaires, souvent hypocritement passés pour... « collatéraux ». En dépit des conventions internationales illusoires prescrivant de ne pas utiliser certaines armes ou de ne pas s’en prendre aux civils désarmés, tous les moyens sont de toute façon utilisés. La pitié disparaît ; c’est un sentiment tout à fait épisodique et lié à l’embarras de certains soldats individuels qui ne supportent pas l’horreur à laquelle ils ont participé. Les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, les gaz, les bombes au phosphore, les bombes à fragmentation, les objets explosifs déguisés en objets d’usage courant dans la vie quotidienne, les mines antipersonnel, les bombes bactériologiques et les mille autres inventions que la technologie moderne permet de mettre en pratique pour tuer, massacrer, anéantir les ennemis du moment, démontrent que la société bourgeoise, tout en bavardant sur la démocratie, la cohésion nationale, les valeurs partagées et surtout de rechercher la paix, n’est qu’une horreur permanente. Les médias bourgeois tiennent pour acquis que la guerre apporte destruction, mort et horreurs. Et ils sont étonnés quand des horreurs se produisent même en temps de paix.

En fat, la société capitaliste, en accumulant et multipliant les violences sociales, les inégalités, l’exploitation intensive du travail salarié et des ressources naturelles, la concurrence effrénée entre capitalistes et entre États, ne fait que systématiser l’horreur sur laquelle elle s’est développée et grâce à laquelle elle se maintient en vie. Que sont les accidents et les décès systématiques au travail ? les blessés et les morts dans des catastrophes continuelles causées par des glissements de terrain, des inondations, des incendies, des catastrophes aériennes, navales, ferroviaires, routières et des tremblements de terre ; les violences et meurtres quotidiens, notamment contre les femmes ou pour des motifs racistes ou contre des groupes de personnes sans défense qui servent de cibles à des actes de vengeance, dans les écoles, les hôpitaux, dans la rue ; que sont-elles sinon la preuve que la société bourgeoise actuelle est la société des horreurs, la société des désastres, la société de la mort et des atrocités ?

Les moyens de communication les plus récents, grâce aux technologies de pointe, peuvent désormais faire entrer dans les foyers de chacun, via la télévision et les téléphones portables, des scènes et des films de destruction, de répression, de morts et de blessés ; ainsi l’horreur devient une chose quotidienne, suscite une curiosité morbide et, en même temps, la peur. Aux mains de grandes entreprises industrielles et financières, les moyens de communication sont évidemment au service de leurs intérêts ; si d’une part les atrocités commises par "l’ennemi" sont montrées et décrites en détail, les atrocités commises de l’autre côté sont cachées ou falsifiées. Dans les deux cas, les belligérants utilisent l’horreur de la même manière pour induire des sentiments de solidarité et de vengeance de part et justifier les massacres mutuels. Il est évident que les opérations de guerre menées par les armées les plus puissantes et les plus organisées provoquent plus de destructions, plus de morts, plus d’atrocités en proportion des buts visés, du déroulement de la guerre, de la résistance et des contre-attaques de "l’ennemi".

Sans remonter à la Seconde Guerre mondiale, il suffit de regarder les guerres d’Irak, de Libye, de Syrie ou de Yougoslavie pour se rendre compte que les horreurs de la guerre ne sont que la continuation, par des moyens militaires, de la politique bourgeoise et impérialiste menée précédemment.

La question est donc : à quels intérêts répond la politique mise en œuvre par la classe dirigeante bourgeoise en temps de paix ?

Ce sont exactement les mêmes auxquels elle répond en temps de guerre, sauf qu’en temps de guerre les moyens répressifs utilisés pour maintenir l’ordre capitaliste sont beaucoup plus concentrés et destructeurs, qualitativement et quantitativement, dans l’espace et dans le temps, qu’ils ne le sont en temps de paix. La classe bourgeoise ne modifie pas sa nature de classe dirigeante en passant de la paix à la guerre, ou inversement : ce qu’elle modifie, ce sont précisément les moyens militaires à plus ou moins grande échelle, plus ou moins destructeurs, plus ou moins locaux, plus ou moins mondiaux. Il ne faut pas oublier que le capitalisme s’est toujours développé à travers des guerres qui ne sont rien d’autre que le moment historique d’une crise majeure de la société bourgeoise. Le développement même de l’économie capitaliste conduit - lorsque les crises économiques et financières ne peuvent plus être surmontées par des mécanismes de compensation économique, financière et sociale -, à la crise guerrière. Les contrastes entre entreprises, monopoles et États, qui ont atteint la limite de la tension provoquée par la crise de surproduction, demandent objectivement à être surmontés par une destruction toujours plus grande des forces productives. La guerre impérialiste est la seule "solution" à disposition des classes dirigeantes bourgeoises. C’est pourquoi la guerre est inévitable dans la société capitaliste ; c’est la politique bourgeoise elle-même, la politique de domination, la politique de conquête de marchés toujours plus larges au détriment de la concurrence, qui conduit les classes dirigeantes, de plus en plus en désaccord les unes avec les autres, à prolonger leur politique économique en politique de guerre. La « libération » de territoires et de pays, toujours évoquée par l’un ou l’autre camp des belligérants, est en réalité la libération des marchés : les marchés sont « libérés » d’une concurrence momentanément anéantie par la guerre pour faire place aux vainqueurs ; une concurrence qui pourtant ne disparaît jamais, car elle fait partie intégrante du capitalisme ; en se renouvelant, elle ne fait que reconstituer les facteurs de tension et de contraste qui conduiront à nouveau à la guerre.

Lorsque la tension dans les relations internationales atteint des niveaux qui ne sont plus contrôlables, et quelle que soit la préparation à l’avance de chaque classe dirigeante bourgeoise à la guerre - comme le démontrent la course aux armements et leur modernisation continuelle - la bourgeoisie est incapable de prévoir combien de temps la guerre durera (les guerres-éclairs ont toujours été une pure illusion), ni combien de ressources devra-t-elle déployer pour gagner, ni combien elle pourra compter sur la "cohésion nationale" de sa population, ni quelles sont les conséquences des tensions sociales internes et des défaites dans les différentes batailles, ni si les alliés de la première heure seront les mêmes pendant toute la durée de la guerre. De même que le mode de production capitaliste n’est pas contrôlable par la bourgeoisie - en fait elle en est la représentante, et c’est sur lui qu’elle a érigé son pouvoir politique, héritant de la propriété privée et de l’organisation de l’État des sociétés plus anciennes - de même ne sont contrôlables ni le marché, ni le capital, ni le développement des forces productives, ni la guerre, ni la paix. La bourgeoisie, de classe révolutionnaire, c’est-à-dire porteuse du développement des forces productives greffées sur l’ancienne société féodale, est devenue inévitablement au fil du temps une classe réactionnaire, c’est-à-dire une classe qui maintient son pouvoir politique par la force même lorsqu’elle ne peut plus développer les forces productives que le mode de production capitaliste a générées et qui, précisément à cause de ses contradictions intrinsèques, doivent nécessairement les détruire pour faire place à de nouveaux cycles de production. La loi de la valeur, si d’une part elle a signifié une puissante impulsion au développement capitaliste, constitue d’autre part en même temps, un puissant frein au développement des forces productives ; le capital s’auto-digère pour survivre, il se nourrit du travail humain, à travers lequel s’accumulent et s’enrichissent le capital, exclusivement pour survivre en tant que capital.

Aux contradictions intrinsèques au mode de production capitaliste s’ajoutent celles inhérentes à l’État national, c’est-à-dire à l’organisme centralisé qui a été créé pour tenter de surmonter les contradictions économiques découlant de la production par entreprises et de leur concurrence sur le marché, mais qui en réalité joue le rôle de plus grand défenseur des centres capitalistes les plus puissants qui monopolisent le marché national, et donc de plus grand défenseur du capitalisme national La guerre de concurrence entre les capitaux se transforme, à un certain moment du développement du capitalisme, en une guerre entre États, en une guerre ouverte. La politique bourgeoise qui soutient et défend, politiquement, diplomatiquement et économiquement, les intérêts du capitalisme national contre les intérêts de tous les autres capitalismes nationaux existants, prolonge son activité - dans la lutte de la concurrence internationale - au niveau de la confrontation militaire. L’Etat, donc, de plus grand défenseur des intérêts nationaux devient le plus grand agresseur des intérêts des autres bourgeoisies. La guerre, c’est-à-dire l’utilisation de moyens militaires pour affirmer ses intérêts nationaux, a pour tâche de « résoudre » les conflits intercapitalistes, et donc inter-impérialistes, que les pressions politiques et les accords ne parviennent plus à « résoudre », que la tactique des menaces, sanctions, embargos ne parvient plus à « résoudre ». Par conséquent, la guerre, en plus de la tâche de détruire d’énormes quantités de marchandises invendues et d’énormes quantités de forces productives inutilisées à cause des crises de surproduction, est aussi le moyen par lequel les Etats les plus puissants dominent les plus faibles, partageant le monde - donc les marchés - entre les vainqueurs.

Pour faire la guerre, la bourgeoisie a besoin de mobiliser tout le pays, surtout les forces productives, donc le capital et les salariés ; elle a besoin d’unir toutes les classes sociales en une seule armée. Cette « union nationale » ne se forme pas spontanément, elle n’est pas automatique. La bourgeoisie doit la préparer, la construire et la maintenir dans la durée car elle doit atténuer les contrastes sociaux existants qui, avec les crises économiques, et avec la crise de guerre en particulier, tendent à s’aggraver. Pour réaliser cette union nationale si indispensable à sa survie en tant que classe dirigeante, la bourgeoisie utilise tous les moyens possibles, légaux et illégaux, licites et illicites, moraux et amoraux, pacifiques, répressifs, terroristes.

Pour envoyer des masses de prolétaires et de soldats à l’abattoir, il ne suffit pas de les contraindre - ce qu’elle fait bien sûr - mais il faut aussi les convaincre de la « justesse » de la guerre, d’une guerre toujours présentée, par toute bourgeoisie, comme « défensive ». Et l’un des moyens de conviction bourgeois utilisés par les deux fronts est justement la propagande sur la nécessité de s’armer pour défendre la patrie, les frontières sacrées, la civilisation, ses traditions, son mode de vie ; une propagande qui exalte chaque phénomène, chaque situation, chaque fait, chaque événement susceptible de susciter les émotions les plus fortes pour que les membres de cette armée "nationale" soient prêts à sacrifier leur vie en faveur... de la patrie, des frontières sacrées , de civilisation etc. etc. La propagande de l’horreur fait partie intégrante de la propagande de guerre ; plus la guerre s’avère destructrice, plus les actions de guerre affectent la population civile, plus la propagande de l’horreur devient nécessaire pour la bourgeoisie. Et les massacres, les tortures, les massacres réellement perpétrés ou construits à dessein, servent à la fois à plier et à démoraliser les troupes et la population qui les ont subis, et à augmenter le sentiment de vengeance pour les avoir subis ; ils deviennent un carburant de guerre lui-même.

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Parti Communiste International, 11 avril 2022

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