Une tribune pour les luttes

Déclaration commune de groupes de la Gauche communiste internationale sur la guerre en Ukraine

Article mis en ligne le vendredi 10 juin 2022

Les organisations de la Gauche communiste doivent défendre ensemble leur héritage commun d’adhésion aux principes de l’internationalisme prolétarien, en particulier à une époque de grand danger pour la classe ouvrière mondiale. Le retour du carnage impérialiste en Europe dans la guerre en Ukraine est un tel moment. C’est pourquoi nous publions ci-dessous, avec d’autres signataires de la tradition de la Gauche communiste (et un groupe ayant une trajectoire différente mais soutenant pleinement la déclaration), une déclaration commune sur les perspectives fondamentales pour la classe ouvrière face à la guerre impérialiste.

Les prolétaires n’ont pas de patrie ! À bas toutes les puissances impérialistes ! À la place de la barbarie capitaliste : le socialisme !

La guerre en Ukraine est menée au nom des intérêts contradictoires de toutes les différentes puissances impérialistes, grandes et petites, et non pas de la classe ouvrière dont l’intérêt est son unité internationale. Il s’agit d’une guerre pour des territoires stratégiques, pour la domination militaire et économique, menée ouvertement et secrètement par les bellicistes à la tête des machines d’État des États-Unis, de la Russie et de l’Europe occidentale, la classe dirigeante ukrainienne agissant comme un pion loin d’être innocent sur l’échiquier impérialiste mondial.

C’est la classe ouvrière, et non l’État ukrainien, qui est la véritable victime de cette guerre, qu’il s’agisse de femmes et d’enfants sans défense massacrés, de réfugiés affamés ou de chair à canon enrôlée dans l’une ou l’autre armée, ou encore du dénuement croissant que les effets de la guerre entraîneront pour les travailleurs de tous les pays.

La classe capitaliste et son mode de production bourgeois ne peuvent surmonter leurs divisions et concurrence nationales qui mènent à la guerre impérialiste. Le système capitaliste ne peut éviter de sombrer dans une plus grande barbarie.

Pour sa part, la classe ouvrière mondiale ne peut éviter de développer sa lutte contre la détérioration des salaires et de son niveau de vie. La guerre actuelle, la plus importante en Europe depuis 1945, met en garde contre l’avenir du monde capitaliste si la lutte de la classe ouvrière ne conduit pas au renversement de la bourgeoisie et à son remplacement par le pouvoir politique de la classe ouvrière, la dictature du prolétariat.

Les buts de guerre et les mensonges des différentes puissances impérialistes
L’impérialisme russe veut effacer l’énorme revers qu’il a subi en 1989 et redevenir une puissance mondiale. Les États-Unis veulent préserver leur statut de superpuissance et leur leadership mondial. Les puissances européennes craignent l’expansion de la Russie mais aussi la domination écrasante des États-Unis. L’Ukraine cherche à s’allier à l’homme fort impérialiste le plus puissant.

Soyons clairs, les États-Unis et les puissances occidentales disposent des mensonges les plus convaincants et de la plus grande machine à mensonges médiatique pour justifier leurs véritables objectifs dans cette guerre. Dans celle-ci, ils sont censés réagir à l’agression russe contre de petits États souverains, défendre la démocratie contre l’autocratie du Kremlin, faire respecter les droits de l’homme face à la brutalité de Poutine.

Les gangsters impérialistes les plus forts ont généralement la meilleure propagande de guerre, fabriquent le plus gros mensonge, parce qu’ils peuvent provoquer et manœuvrer leurs ennemis «  pour qu’ils tirent les premiers  ». Mais souvenez-vous de la conduite si pacifique de ces puissances au Moyen-Orient, en Syrie, en Irak et en Afghanistan  ; de la manière dont la puissance aérienne américaine a récemment rasé la ville de Mossoul, comment les forces de la Coalition ont mis la population irakienne à feu et à sang sous le prétexte fallacieux que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Rappelez-vous encore les innombrables crimes de ces démocraties contre les civils au cours du siècle dernier, que ce soit pendant les années 1960 au Vietnam, pendant les années 1950 en Corée, pendant la Seconde Guerre mondiale à Hiroshima, Dresde ou Hambourg. Les exactions russes contre la population ukrainienne sont essentiellement tirées du même livre du «  jeu impérialiste  ».

Le capitalisme a catapulté l’humanité dans l’ère de la guerre impérialiste permanente. Il est illusoire de lui demander d’ «  arrêter  » la guerre. La «  paix  » ne peut être qu’un interlude dans le capitalisme guerrier.

Plus il s’enfoncera dans une crise insoluble, plus la destruction militaire du capitalisme sera grande, parallèlement aux catastrophes croissantes (dont il est responsable) que sont la pollution et les épidémies. Le capitalisme est pourri et mûr pour un changement révolutionnaire.

La classe ouvrière est un géant endormi
Le système capitaliste, de plus en plus un système de guerre et de toutes ses horreurs, ne rencontre pas actuellement d’opposition de classe significative à sa domination, si bien que la classe ouvrière subit l’exploitation croissante de sa force de travail et les sacrifices ultimes que l’impérialisme lui demande de faire sur le champ de bataille.

Le développement de la défense de ses intérêts de classe, ainsi que sa conscience de classe stimulée par le rôle indispensable de l’avant-garde révolutionnaire, recèlent un potentiel encore plus grand de la classe ouvrière, celui de pouvoir s’unir en tant que classe pour renverser complètement l’appareil politique de la bourgeoisie comme elle l’a fait en Russie en 1917 et a menacé de le faire en Allemagne et ailleurs à l’époque. C’est-à-dire, renverser le système qui mène à la guerre. En effet, la Révolution d’Octobre et les insurrections qu’elle a alors suscitées dans les autres puissances impérialistes sont un exemple brillant non seulement d’opposition à la guerre mais aussi d’attaque contre le pouvoir de la bourgeoisie.

Aujourd’hui, nous sommes encore loin d’une telle période révolutionnaire. De même, les conditions de la lutte du prolétariat sont différentes de celles qui existaient à l’époque de la première tuerie impérialiste. Par contre, ce qui ne change pas face à la guerre impérialiste, ce sont les principes fondamentaux de l’internationalisme prolétarien et le devoir des organisations révolutionnaires de défendre ces principes bec et ongles, à contre-courant quand c’est nécessaire, au sein du prolétariat.

La tradition politique qui a lutté et continue de lutter pour l’internationalisme contre la guerre impérialiste
Les villages de Zimmerwald et de Kienthal, en Suisse, sont devenus célèbres en tant que lieux de rencontre des socialistes des deux camps lors de la Première Guerre mondiale, afin d’entamer une lutte internationale pour mettre fin à la boucherie et dénoncer les dirigeants patriotes des partis sociaux-démocrates. C’est lors de ces réunions que les bolcheviks, soutenus par la Gauche de Brême et la Gauche hollandaise, ont mis en avant les principes essentiels de l’internationalisme contre la guerre impérialiste qui sont toujours valables aujourd’hui  : aucun soutien à l’un ou l’autre des camps impérialistes, le rejet de toutes les illusions pacifistes, et la reconnaissance que seules la classe ouvrière et sa lutte révolutionnaire peuvent mettre fin au système qui est basé sur l’exploitation de la force de travail et qui en permanence produit la guerre impérialiste.

Dans les années 1930 et 1940, seul le courant politique, appelé aujourd’hui la Gauche communiste, s’est accroché aux principes internationalistes développés par les bolcheviks pendant la Première Guerre mondiale. La Gauche italienne et la Gauche néerlandaise se sont activement opposées aux deux camps de la Deuxième Guerre impérialiste mondiale, rejetant les justifications fascistes et antifascistes du massacre. Ce faisant, ces Gauches communistes ont refusé tout soutien à l’impérialisme de la Russie stalinienne dans ce conflit.

Aujourd’hui, face à l’accélération du conflit impérialiste en Europe, les organisations politiques basées sur l’héritage de la Gauche communiste continuent à brandir la bannière d’un internationalisme prolétarien cohérent et de fournir un point de référence à ceux qui défendent les principes de la classe ouvrière.

C’est pourquoi les organisations et groupes de la Gauche communiste, aujourd’hui peu nombreux et peu connus, ont décidé de publier cette déclaration commune et de diffuser le plus largement possible les principes internationalistes qui ont été forgés contre la barbarie des deux guerres mondiales.

Aucun soutien à quelque camp que ce soit dans le carnage impérialiste en Ukraine.

Pas d’illusions dans le pacifisme  : le capitalisme ne peut vivre que par des guerres sans fin.

Seule la classe ouvrière peut mettre fin à la guerre impérialiste par sa lutte de classe contre l’exploitation menant au renversement du système capitaliste.

Prolétaires du monde entier, unissez-vous  !

Courant Communiste International

Istituto Onorato Damen

Internationalist Voice

Internationalist Communist Perspective (Korea)

6 avril 2022

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