Une tribune pour les luttes

"Ces salauds de pauvres qui boudent le RSA"

Le RSA, c’est quoi ça ?

+ lien vers le rapport du Comité national d’évaluation du RSA

Article mis en ligne le lundi 26 décembre 2011

http://www.ac.eu.org/spip.php?article2143

jeudi 22 décembre 2011

Nous reproduisons ci-dessous un article édifiant publié par Isabelle Barré dans le Canard Enchaîné à propos du rapport du Comité national d’évaluation du RSA remis la semaine dernière à Mme Bachelot.

Ces salauds de pauvres qui boudent le RSA

Ils sont 1,6 million de fauchés qui renoncent à affronter les démarches pour le toucher. Soit par découragement, soit par manque d’information… soit par choix.

Le discours sur le « cancer » des assistés va prendre du plomb dans l’aile : Non, les pauvres ne pompent pas les finances de l’Etat jusqu’à la moelle. C’est le très officiel rapport du Comité national d’évaluation sur le RSA, remis ce 15 décembre à Roselyne Bachelot, qui le démontre. Plus de 1 million de foyers qui vivotent avec quelques heures de boulot et pourraient donc toucher un complément de salaire via le RSA "activité" ne le réclament pas. Un million ! Soit les deux tiers des ayants-droit qui regardent passer les plats.

Idem pour les chômeurs en fin de droit. Ils sont 1,8 million qui ne bossent pas du tout et pourraient bénéficier d’un RSA complet. Mais plus d’un tiers - 650.000 - ne le demandent pas. Et ils y perdent : pas vraiment gloutons, ces pauvres laissent ainsi filer 249 euros par mois en moyenne. « On est loin du discours selon lequel les gens grappillent un maximum d’aides », ironise Nicole Maestracci, représentante des associations au sein du Comité national d’évaluation.


Bande d’ingrats

Principale raison de ce manque d’entrain : le RSA est une sacrée usine à gaz, pas bien connue et beaucoup plus compliquée que le RMI, qu’il a remplacé en 2009. La moitié des travailleurs précaires ne savent pas qu’ils peuvent cumuler boulot et RSA, révèle le rapport. L’étude est carrée : 3.500 personnes ont été interrogées individuellement. Et les résultats sont plutôt décoiffants.

Parmi les nombreux foyers qui ne réclament rien, beaucoup ne le font pas par ignorance mais par choix. Quatre sur dix préfèrent « se débrouiller autrement ». Et près de 30% d’entre eux y renoncent «  par principe », parce qu’ils n’ont « pas envie de dépendre de l’aide sociale ou de devoir quelque chose à l’Etat ». Un chiffre pas franchement claironné par nos politiques. Avec tout ça, l’État fait de jolies économies : 5,3 milliards d’aides non distribuées en 2010 ! « C’est une économie sur le dos des pauvres », râle Martin Hirsch, l’inventeur du dispositif. Il réclame « une vaste campagne d’information », mais l’État n’est pas pressé. Le RSA a coûté 7 milliards l’an dernier. Alors, ajouter 5 milliards en temps de crise...

Les auteurs du rapport, eux, se grattent la tête. Si le RSA est boudé en raison d’« un faible intérêt pour l’allocation » ou « un refus de principe », écrivent-ils, « une meilleure information, pour souhaitable qu’elle soit, ne suffira pas à résoudre le problème ». Salauds de pauvres qui refusent d’être aidés !

Formulaires de rien

« On sent chez les gens une lassitude à faire des démarches et à être stigmatisés », note le sociologue Philippe Warin qui a créé l’Odenore, un groupe d’études sur ce phénomène de « non-recours » à l’assistance sociale.

Car le RSA n’est pas la seule prestation dédaignée. Trop compliquées ou mal connues, un tas d’autres aides ne sont pas réclamées. Ce phénomène, ignoré, est tellement fréquent que l’Observatoire national de la pauvreté y consacrera un colloque le 12 mars prochain. Le talent de nos têtes pensantes à monter des labyrinthes administratifs est en effet infini. Et décourageant à souhait. Près de 400.000 personnes qui pourraient avoir droit à une couverture complémentaire gratuite (CMU-C) s’en dispensent. Pour l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS), c’est encore mieux : 80% de non-réclamations. Idem pour les tarifs sociaux du gaz ou de l’électricité. Les fauchés ne se pressent pas non plus aux guichets des caisses d’allocations familiales (CAF) : «  Pour 1 euro de fraude, il y a 3 euros de rappel de prestations non versées au départ », souligne Philippe Warin. Et ces rappels ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan des prestations à jamais perdues. « Du coup, on a du mal à sensibiliser les collectivités ou l’administration sur le sujet. Ils nous disent : "Ouh la la ! ça va faire mal au budget !" » Mieux vaut continuer de noyer les allocataires sous des montagnes de formulaires.

Depuis 2009, les CAF passent au peigne fin 10.500 dossiers par an pour détecter les fraudes. « On pourrait en profiter pour repérer les allocations non réclamées, explique notre sociologue. Mais la Caisse nationale a refusé. » La chasse aux fraudeurs, c’est beaucoup plus porteur.

Isabelle Barré

Le Canard Enchaîné

P.-S.


Pour lire le rapport :

http://www.rsa.gouv.fr/IMG/pdf/rapp...

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1 Message

  • Le 27 décembre 2011 à 11:43, par

    On voit mal comment on va s’extirper de ce crédo travailliste et néolibéral qui conçoit les droits sociaux comme une dette individuelle. Aujourd’hui il est banal de considérer la pension de retraite, l’arrêt maladie, l’allocation de chômage comme autant d’abus. Si nous sommes en dette, nous sommes aussi coupables. La loi c’est l’économie, et lorsque le chômage n’est plus l’envers du travail mais l’un de ses moments, le social, c’est du vol. C’est l’un des motifs de l’idéologie dominante. Et on voit que cela fonctionne, par exemple pour conduire à ces comportements de non recours au droit...

    Le terrain de cette autogestion de l’austérité a été bien préparé.

    Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE le rappelle : « Depuis Jospin, la grande idée, c’est d’inciter à travailler, donc creuser l’écart entre le RMI, puis le RSA, et le Smic." Les Wauquiez et N.S, marchent sur les traces des oligarques de gauche qui ont fait ce choix.

    C’est Jospin qui, en 1998, répondait à une large mobilisation des chômeurs et précaires dont le mot d’ordre central était "un revenu c’est un dû" et la revendication principale une hausse de 1500F des minima et leur extension aux moins de 25 ans, par son ignoble "nous préférons une société de travail à l’assistance" Pour mémoire on consultera un tract de l’époque À gauche poubelle, précaires rebelles. Pour jouer la division entre salariés plus ou mois pauvres, l’oligarchie de gauche a disqualifié la solidarité.

    Cette totale inversion des valeurs (la solidarité qui devient un cancer), ce retournement radical, nous les payons encore.

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