Une tribune pour les luttes

Copenhague : le Réseau "Sortir du nucléaire" demande l’annulation de la mission confiée par M Borloo à Fodé Sylla... salarié d’Areva (*)

+ La France importatrice nette d’électricité en octobre : c’est la faillite de l’option nucléaire

Article mis en ligne le mercredi 25 novembre 2009

23/11/2009

- Fodé Sylla est le pion avancé des autorités françaises pour convaincre les dirigeants africains de soutenir à Copenhague l’option nucléaire pour "sauver" la planète

- Il est intolérable que les missions de la diplomatie française soient fusionnées avec celles de la multinationale Areva en étant portées par un seul et même homme

Le Réseau "Sortir du nucléaire" conteste avec la plus grande vigueur la mission annoncée le 19 novembre par M Borloo et confiée à Fodé Sylla, présenté comme ancien président de SOS racisme, alors qu’il est aussi - et surtout - salarié de la multinationale du nucléaire Areva.

Officiellement, M Sylla est chargé "d’appuyer l’action du ministre et d’entretenir les contacts avec les ministres africains de l’environnement" d’ici la conférence de l’Onu sur le climat à Copenhague.

Dans les faits, M Sylla a pour mission de convaincre les dirigeants africains de soutenir les manoeuvres des autorités française qui tentent de faire inclure le nucléaire dans les options favorables au climat. Il est intolérable qu’une mission de la diplomatie française soit littéralement fusionnée avec les intérêts de la multinationale Areva.

Il n’est pas difficile de comprendre que, quand M Sylla suggère à un dirigeant africain de soutenir la France lors du sommet de Copenhague, c’est en même temps la multinationale Areva qui laisse planer la menace de rétorsions économiques ou au contraire de récompenses. Il est donc indispensable que soit mis immédiatement fin à la mission que M Borloo a confiée à Fodé Sylla.

Enfin, le Réseau "Sortir du nucléaire" rappelle qu’il conteste totalement l’idée que le nucléaire permette de lutter contre le changement climatique, et anime à cet effet une campagne internationale "Don’t nuke the climate" ( http://www.dont-nuke-the-climate.org ) dont le point d’orgue sera le 12 décembre avec une multitude de manifestations organisées dans le monde entier... et en particulier à Copenhague.


(*) Fodé Sylla est salarié d’Areva depuis plusieurs années et n’hésite pas à déclarer "Une entreprise comme Areva a besoin de l’Afrique, et l’Afrique a besoin d’une entreprise comme Areva"’.

Cf http://www.centre-inffo.fr/Fode-Sylla,3000.html
ou http://www.afrik.com/article12651.html

Lien permanent vers ce communiqué :
http://www.sortirdunucleaire.org/ac...


17/11/2009

La France importatrice nette d’électricité en octobre : c’est la faillite de l’option nucléaire

Electricité : la faillite de l’option nucléaire

La France, "royaume du nucléaire", doit importer massivement
de l’électricité tous les hivers et risque désormais la pénurie...

Alors qu’il apparait que la France, pour le première fois depuis 1982, a été importatrice nette d’électricité en octobre, le Réseau "Sortir du nucléaire" appelle l’opinion publique française à prendre acte de la faillite de l’option nucléaire française qui, outre les graves problèmes de déchets radioactifs ou de vulnérabilité des réacteurs nucléaires comme l’EPR, va aboutir à une véritable pénurie de courant en France.

En effet, les coupures d’électricité en France sont inévitables, que ce soit dès cet hiver (si les températures sont basses) ou les années suivantes. La situation va d’ailleurs s’aggraver inexorablement du fait de trois phénomènes dont les conséquences se cumulent :

1) Le vieillissement et l’usure prématurée des réacteurs nucléaires français

Les réacteurs nucléaires français atteignent l’un après l’autres 30 ans de fonctionnement, c’est-à-dire leur durée de vie prévue à l’origine (1). Certes, EDF entend continuer à faire fonctionner ces réacteurs, mais ils vont être de plus en plus souvent en panne (sans parler du risque d’un accident grave). De plus, les réacteurs nucléaires français sont bien plus usés que des réacteurs du même âge dans d’autres pays car la prédominance du nucléaire dans la production électrique française (80%) obliger EDF à utiliser les réacteurs "en suivi de réseau" (c’est-à-dire en suivant les variations de consommation dans la journée et sur l’année), ce qui les use prématurément. (2)

2) L’augmentation continue du nombre de chauffages électriques

Alors que les réacteurs nucléaires français vont être de plus en plus souvent arrêtés, la consommation d’électricité ne cesse d’augmenter, en particulier en hiver du fait de la politique insensée de développement du chauffage électrique, imposée par l’Etat et EDF pour "justifier" le nucléaire : actuellement et depuis des années, 80% des nouveaux bâtiments sont chauffés à l’électricité (3). Il en résulte que, chaque hiver, les consommations d’électricité battent des records et dépassent très largement les capacités nationales de production. A quoi bon avoir 58 réacteurs nucléaires si c’est pour devoir importer massivement de l’électricité ? Notons aussi, si nécessaire, que la construction de réacteurs nucléaires supplémentaires ne répond en rien au problème : utiliser des réacteurs seulement l’hiver, et les laisser arrêtés le reste de l’année, ruinerait EDF en peu de temps.

3) La réduction des périodes permettant la maintenance des réacteurs

Traditionnellement, c’est en été que EDF programmait prioritairement les opérations de maintenance dans les centrales nucléaires, du fait le la consommation modérée d’électricité en cette période. Mais les canicules 2003 et 2006 ont totalement remis en cause cette pratique : non seulement la consommation d’électricité a été importante du fait de l’essor des climatiseurs, mais il a aussi fallu faire fonctionner à bas régime ou même arrêter les réacteurs disponibles, du fait de la difficulté voire l’impossibilité de les refroidir correctement.
Du coup, désormais, c’est seulement au printemps et en automne que EDF peut programmer la majorité des opérations de maintenance (4), ce qui implique une grande vulnérabilité : si des évènements imprévus (incidents, grèves, etc) viennent perturber les prévisions et décaler les opérations de maintenance, EDF se retrouve rapidement avec trop de réacteurs arrêtés en hiver ou en été.

Conséquences

L’option imposée en France, "centrales nucléaires + chauffages électriques", se traduit par des importations d’électricité de plus en plus fortes, par la production de déchets radioactifs ET de fortes émissions de co2, et par une dépendance énergétique plus élevée que jamais.

- Depuis 5 ans, c’est l’Allemagne qui est exportatrice d’électricité vers la France
On entend souvent dire "L’Allemagne sort du nucléaire… mais en achetant l’électricité nucléaire française". C’est totalement faux. Depuis 2004, c’est bien l’Allemagne qui est exportatrice nette d’électricité vers la France : 8,7 TWh en 2004, puis 9,7 TWh en 2005, puis 5,6 TWh en 2006, et 8,2 TWh en 2007, et carrément 12,6 TWh en 2008 (5), c’est-à-dire environ la production annuelle de deux réacteurs nucléaires. Il est d’ores et déjà avéré que, pour 2009, les importations depuis l’Allemagne seront encore plus élevées.
C’est donc bien le pays qui sort du nucléaire qui, tous les hivers, sauve le pays du nucléaire. Mais l’augmentation insensée de la consommation électrique française fait que, à brève échéance, l’Allemagne ne pourra plus sauver la France nucléaire, qui va donc être frappée par des pénuries, et ce peut-être dès cet hiver si les températures sont basses.

- La France produit des déchets radioactifs ET émet beaucoup de co2

Il est de bon ton de critiquer les centrales allemandes au charbon, "fortement émettrices de co2", mais le fait est que ce sont elles qui, tous les hivers, alimentent une bonne partie des chauffages électriques français. Il serait d’ailleurs parfaitement logique d’attribuer à la France les émissions allemandes de co2 correspondant à l’alimentation des chauffages électriques français.
Il faut prendre acte de ce que l’option imposée en France, "centrales nucléaires + chauffages électriques", se traduit par la production de déchets radioactifs ET par de fortes émissions de co2. Ces données sont reconnues par un document récent du Réseau de transport de l’électricité (RTE) et de l’ADEME (6). C’est un échec total.

- La France est de plus en plus dépendante sur le plan énergétique

En 2008, la France a certes gagné 2 milliards d’euros en exportant de l’électricité, mais elle a surtout dépensé 61 milliards pour importer du pétrole et du gaz (7). C’est la preuve que, même poussé à son maximum, le nucléaire n’empêche pas la dépendance aux énergies fossiles. Il est donc faux de prétendre, comme on l’entend trop souvent dire, que "le nucléaire donne à la France son indépendance énergétique".
Qui plus est, la France exporte de l’électricité lorsque les prix sont bas et elle en importe (massivement) lorsque les prix sont très élevés, en particulier en hiver. Au vu de l’augmentation des importations françaises en hiver, il est clair que, sous peu, la France dépensera plus d’argent en achetant de l’électricité qu’elle n’en gagnera en en vendant.

Conclusion

Il est grand temps que les citoyens français prennent connaissance de la réalité des données, qui est exactement inverse des idées reçues entretenues dans l’opinion par les publicités d’EDF et d’Areva et par les discours des dirigeants politiques.

- Non, le nucléaire ne donne aucune indépendance énergétique à la France
- Non, ce n’est pas l’Allemagne qui est dépendant de l’électricité française, c’est l’inverse.
- Oui, la France est menacée par une véritable pénurie d’électricité.
- Oui, la France est à la fois productrice de déchets radioactifs ET fortement émettrice de co2.

La solution passe par une remise en cause totale de la politique énergétique française. Il faut à la fois sortir du nucléaire, remettre en cause la chauffage électrique, et lancer d’urgence une politique ambitieuse d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables.

Références

(1) Le quotidien Le Monde du 15 mai 2003 a rappelé que "les décrets d’autorisation ne précisaient pas la durée de vie des centrales" mais que "les dossiers d’autorisation présentés par EDF avançaient une durée d’exploitation de trente ans".

(2) Dans un courrier adressé à EDF le 17 février 2003, l’Autorité de sûreté nucléaire écrivait "EDF a souhaité faire fonctionner certains réacteurs en base, d’autres se trouvant donc davantage soumis au suivi de réseau ; certains aléas techniques, notamment les problèmes de dégradation du combustible sur des réacteurs de 1300 MW, ou des problèmes d’ordre neutronique, ont amené d’autres réacteurs à ne pouvoir fonctionner en suivi de réseau, ce qui a pu encore davantage concentrer ce mode de fonctionnement sur certains réacteurs. Je vous demande de m’indiquer l’analyse que vous faites de l’impact de ce fonctionnement du parc sur la sûreté des centrales, et en particulier sur les réacteurs assurant l’ajustement de la production à la demande."

(3) EDF a signé le 28 mai 2001 avec MISA ( premier constructeur de maisons individuelles avec 10 marques dont Maisons Phénix, Maisons Familiales, Maisons Mamet), un accord pour imposer le chauffage électrique dans 80% des nouvelles habitations.

(3 bis) "Près de 30% des logements étaient équipés de chauffage électrique en 2006, contre environ 2% trente ans plus tôt. Et la tendance s’accentue, la majorité des nouvelles habitations étant chauffées à l’aide de convecteurs." (AFP, 31 octobre 2009)

(4) "Le changement le plus notable depuis 2003 concerne sans doute les arrêts des différentes tranches nucléaires. Désormais, EDF s’efforce en effet d’en programmer le moins possible pendant les mois d’été" (Les Echos, 5 juillet 2006)

(5) http://www.rte-france.com/htm/fr/mediatheque/telecharge/statistiques_annuelles_2008.pdf

(6) http://www.sortirdunucleaire.org/dossiers/CO2-Chauffage-electrique-RTE-Ademe.pdf

(7) http://www.developpement-durable.gouv.fr/energie/statisti/pdf/facture-2008.pdf

Lien permanent vers ce communiqué :
[>http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=637]

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