Une tribune pour les luttes

Plutôt Hitler que le Front Populaire ?

Article mis en ligne le vendredi 28 juin 2024

Le ralliement de l’ancien « chasseur de criminels nazis » Serge Klarsfeld aux héritiers de Vichy et de l’OAS rappelle ce qui s’est passé en France juste avant la Deuxième Guerre Mondiale. En pleine crise sociale et idéologique, le patronat, les partis politiques de droite et de nombreux intellectuels avaient soutenu le nazisme comme « solution ». Et beaucoup avaient poussé jusqu’au bout la collaboration en participant plus tard activement à la « Solution finale ».

Ce qui semble nouveau en 2024, c’est que de nombreuses personnalités juives prétendant parler au nom des Français juifs, participent à pareil processus. Klarsfeld a une position extrême mais il n’est pas isolé : le grand rabbin Korsia et la direction du CRIF contribuent à une redéfinition de l’antisémitisme en considérant que c’est la gauche (et en particulier la France Insoumise) qui serait antisémite alors que le Rassemblement National serait devenu un parti « républicain ». Un oubli du passé ? Et beaucoup de personnalités juives, sans doute contaminées par leurs nouveaux amis, versent dans le racisme le plus débridé.

Quelques citations :

– Arno Klarsfeld : « les musulmans, beaucoup travaillent sur les chantiers, ont accès à des explosifs … s’il y avait un mot d’ordre pour tuer des Juifs, il pourrait y avoir un attentat tous les jours ».

– Gilles-William Goldnadel : « des colonies de peuplement contre l’avis des autochtones, il y en a en Seine-Saint-Denis. Un Juif est moins étranger en Judée. ».

– Alain Finkielkraut : « en fait l’équipe de France est black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe ».

Il y a de quoi être stupéfait devant le silence qui a suivi de telles déclarations, montrant par là qu’après l’antisémitisme, c’est l’islamophobie qui est devenue le dénominateur commun de toutes les idéologies de haine et d’exclusion.

Un propos revient souvent : « Ne pas importer en France le conflit du Proche-Orient ». Mais c’est Nétanyahou qui l’a importé : en 2015, à la tribune du 37e congrès de l’organisation sioniste mondiale, il a expliqué qu’Hitler ne voulait pas tuer les Juifs et que c’est le grand mufti de Jérusalem qui lui avait suggéré « de les brûler ». En dehors de son caractère négationniste, cette déclaration a un sens : la persécution des Juifs, ce ne serait pas l’antijudaïsme chrétien, l’antisémitisme racial et l’extermination nazie qui ont eu lieu en Europe, ce seraient les Arabes et les Musulmans. Ce négationnisme a beaucoup plu au dirigeant brésilien Jaïr Bolsonaro qui a déclaré à la sortie d’une visite au « Mémorial de l’Holocauste » (Yad Vashem) à Jérusalem « qu’il n’y avait aucun doute sur le fait que le nazisme était un mouvement de gauche ».

Les Français vivant en Israël ont été largement contaminés par ce révisionnisme : 43 % de ceux qui ont voté ont choisi le parti d’Éric Zemmour, l’homme qui affirme que le Maréchal Pétain a défendu les Français juifs.

Cette nouvelle définition obscène de l’antisémitisme a été adoptée par les dirigeants libéraux, conservateurs et néofascistes. Israël est devenu un modèle pour les dirigeants occidentaux et les partis racistes. C’est un exemple de reconquête coloniale, de répression et d’enfermement contre les populations réputées dangereuses, un modèle de technologie de pointe. Les « Chrétiens sionistes » qui sont des antisémites et qui pensent que les Juifs qui ne se convertiraient pas à « la vraie foi » doivent disparaître ont financé la plupart des colonies de Cisjordanie.

L’antisémitisme racial a frappé par le passé des Juifs considérés comme des « parias asiatiques inassimilables en Europe ». Le sionisme, dès l’époque de Theodor Herzl, s’était appuyé sur les antisémites avec qui les sionistes partageaient l’idée que les Juifs devaient quitter l’Europe. Le sionisme a donc entrepris de transformer les Juifs en colons européens en Asie. Dénoncer cette colonisation, les nettoyages ethniques et les massacres qu’elle a entraînés n’a rien à voir avec de l’antisémitisme.

L’idéologie de Nétanyahou et des dirigeants qui prétendent représenter les Français juifs n’est pas issue d’un courant libéral ou démocratique. Benjamin Nétanyahou s’inscrit dans l’héritage idéologique de son père, Bension, qui fut le secrétaire particulier de Vladimir Jabotinsky, fondateur du courant « révisionniste » du sionisme. Le Bétar, milice fondée par Jabotinsky, s’entraînait en Italie fasciste à la fin des années 1930. Le concept de l’État ethniquement pur qui s’applique en Israël trouve ses origines dans les nationalismes européens antisémites.

Le ralliement de Serge Klarsfeld aux néofascistes a donc des racines anciennes. Les Français juifs doivent comprendre qu’une telle démarche n’est pas seulement immorale. Elle est suicidaire. Et ceux qui accusent la gauche d’antisémitisme doivent se souvenir que, quand les Juifs se battaient pour leur émancipation en tant que minorité opprimée, ils se battaient aussi, avec la gauche, pour l’émancipation de l’humanité. Rien à voir avec la complicité affichée de Klarsfeld avec des racistes obsessionnels.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 25 juin 2024

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