Une tribune pour les luttes

Et la vie des Palestiniens, elle compte ? #PalestinianLivesMatter

Article mis en ligne le jeudi 4 juin 2020

Il s’appelait Eyad al-Halaq, il avait 32 ans. Eyad était autiste. Samedi 29 mai, il se rendait à l’école spécialisée qu’il fréquentait. Palestinien de Jérusalem, il vivait sous occupation depuis sa naissance. La brutalité de l’armée d’occupation était son quotidien depuis sa plus tendre enfance. La sauvagerie de cette armée raciste aura fauché sa vie.

Interpellé par les soldats, il s’est enfui, effrayé : ils l’ont « neutralisé » comme ils savent le faire en lui tirant dessus pour tuer. Ils avaient soi-disant pris son téléphone portable pour une arme et donc identifié Eyad comme terroriste. Palestinien égal terroriste, c’est un des items israéliens. L’éducatrice d’Eyad, présente à ses côtés, avait pourtant informé les soldats de cette armée qui se proclame la plus morale du monde qu’il était autiste. « Soudain, ils ont tiré trois balles sur lui, sous mes yeux », a-t-elle déclaré à Channel 13. « J’ai crié : "Ne tirez pas." Ils n’ont pas écouté, ils ne voulaient pas entendre. »

Mais que vaut la vie des Palestiniens ? ?

On peut se le demander. Au fil des ans, des Palestiniens ont été abattus dans des accidents de la route par des soldats qui prétendaient se défendre contre une attaque terroriste. D’autres ont été abattus pour avoir simplement marché près d’un point de contrôle, tandis que d’autres, comme al-Halaq, sont tués simplement parce qu’ils « avaient l’air suspect ». Ce sont 21 d’entre eux qui ont été assassinés par l’armée israélienne depuis le début de cette année.

Voilà plus d’un an que la répression israélienne a pris une nouvelle dimension à Jérusalem avec des raids quotidiens dans les quartiers palestiniens donnant lieu à des saccages d’habitations et à des dizaines d’arrestations de jeunes hommes et d’enfants. La période du coronavirus aura été l’occasion pour cette armée privée de tout sens moral de détruire des centres de santé, d’arrêter les volontaires qui désinfectaient les rues…

Le hasard aura réuni George Floyd et Eyad al-Halaq, assassinés par des policiers ou des soldats pour qui la vie de l’autre ne compte pas. Miko Peled, le fils du général israélien Peled note sur les réseaux sociaux qu’il s’agit bien du même racisme, de la même brutalité. Des manifestations se sont tenues tant en Israël qu’en Palestine occupée pour demander justice pour George et justice pour Eyad.

Le journaliste et écrivain israélien Gideon Levy lui aussi fait le parallèle entre les deux victimes. Il s’insurge : « La Police des frontières israélienne n’est pas moins brutale et raciste que la police des États-Unis. […] Mais, ici, la mort d’un homme nous aide à dormir ; là-bas, elle déclenche des protestations. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, dont il s’avère qu’il est juif, a été très prompt à s’excuser face à la communauté noire de sa ville. "Être noir en Amérique ne devrait pas signifier une sentence de mort", a-t-il dit. Et être palestinien non plus ne devrait pas signifier une sentence de mort, mais aucun maire juif israélien n’a jamais rien dit de tel. »

L’assassinat d’Eyad al-Halaq n’est qu’une illustration de plus de la violence de l’occupation et du régime d’apartheid auquel Israël soumet les Palestiniens depuis plus de 70 ans. Elle est l’illustration du caractère raciste d’un État fondé sur la négation de l’Autre. Si l’on veut que la vie des Palestiniens ait autant de valeur que la vie de tout autre être humain sur cette terre, il est temps de mettre fin à l’impunité d’Israël, de dénoncer et combattre les lois racistes et discriminatoires qui font des Palestiniens des citoyens privés de des droits élémentaires et de leurs droits nationaux.

Le bureau national de l’AFPS, 2 juin 2020

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