Une tribune pour les luttes

À bas le coup d’État militaire au Tchad !

Article mis en ligne le lundi 17 mai 2021

Le 20 avril on apprenait la mort d’Idriss Déby, l’inamovible dictateur tchadien, à la suite de blessures reçues en combattant une colonne de rebelles (1), et en même temps la prise du pouvoir par un « Comité militaire de transition » regroupant une quinzaine de hauts gradés et dirigé par l’un de ses fils, Mahamat Idriss Déby, chef de la Garde présidentielle. Le CMT décrétait la dissolution du Parlement et d’autres institutions gouvernementales, la fermeture des frontières, l’imposition d’un couvre-feu et le déploiement des soldats dans les rues de la capitale tchadienne, N’Djamena – tout en jurant qu’il organiserait dans 18 mois des élections « libres et transparentes ».

Idriss Déby venait juste d’être proclamé vainqueur avec près de 80% des voix d’une élection présidentielle, ou par précaution les opposants n’avaient pas été autorisés à se présenter...

Quelques jours plus tard, à l’occasion des obsèques de l’ancien président, Macron venait en personne adouber les nouvelles autorités, alors que les médias en France s’inquiétaient des conséquences de la disparition d’un des acteurs-clés du dispositif « anti-terroriste » au Sahel, en raison du rôle joué par l’armée tchadienne dans le combat contre les « djihadistes ». Le quartier général de l’opération militaire française dans la région dite « Barkhane » se trouve précisément à N’Djaména.

RÉPRESSION SANGLANTE

La prise du pouvoir par le CMT ne s’est pas passée sans réactions. Malgré les intimidations du CMT, l’opposition a appelé à des manifestations de protestation contre le nouveau pouvoir et contre le soutien français à celui-ci. Les revendications de ces partis bourgeois sont on ne peut plus modérées ; « pour un dialogue vraiment inclusif » était l’un des slogans des manifestations, l’objectif affiché étant la formation d’un « Gouvernement de transition d’union nationale ». L’un des organisateurs appelait même les forces de l’ordre à encadrer les manifestations !

Rien n’y a fait : la répression le 27 avril des manifestants pacifiques par les militaires a fait une dizaine de morts et des dizaines de blessés dans la capitale et dans la ville de Moundou ; des centaines de manifestants ont été arrêtés. Cela n’a pas empêché la coordination de l’opposition « Wakit Tama » (« Le moment est arrivé »), regroupant syndicats, associations et partis d’opposition, de continuer à appeler à manifester. Le 8 mai des rassemblements interdits mais que le CMT annonçait tolérer dans la capitale ont encore été violemment réprimés, la police n’hésitant pas parfois à tirer à balles réelles. Il y aurait eu une dizaine de blessés et une quinzaine d’arrestations, ainsi qu’une quarantaine d’autres en province selon Wakit Tama. Le gouvernement français a « fermement » condamné cette sanglante répression, mais cela ne trompe personne : il continue et continuera à soutenir le régime quel que soit ses crimes comme il l’afait pour les régimes précédents.

Wakit Tama, alliance hétéroclite de partis bourgeois, de syndicats collaborationnistes (UST) et d’associations démocratiques diverses est bien incapable de proposer une perspective d’amélioration réelle du sort des masses et des prolétaires du Tchad. Elle a été d’ailleurs affaiblie par le départ d’une de ses composantes les plus importantes, l’UNDR, parti d’un des opposants les plus connus qui a accepté de participer le 2 mai au nouveau gouvernement après avoir « reconnu l’autorité » du CMT qu’il dénonçait la veille. Seul le renversement de l’ordre capitaliste et impérialiste, dans le cadre de la révolution prolétarienne internationale pourra apporter un changement radical à la situation des exploités tchadiens.

UN COUP D’ETAT POUR MAINTENIR LA DOMINATION IMPERIALISTE FRANÇAISE

Lors de sa venue à N’Djamena le 23 avril Macron a affirmé que « la France défendra l’intégrité et la stabilité du Tchad ». Cet Etat pauvre, très étendu mais largement désertique et faiblement peuplé (un peu plus de 15 millions d’habitants) et largement agricole (80% de la population active travaille à la campagne) occupe une position stratégique dans cette partie de l’Afrique : c’est elle, et non ses maigres richesses (coton, pétrole) qui explique les nombreuses interventions militaires françaises, commençant dès l’indépendance en 1960 sous de Gaulle et se continuant jusqu’à aujourd’hui. Idriss Déby a renversé il y a 30 ans avec l’aide des services spéciaux français, le sanglant dictateur Hissène Habré qui avait trahi la confiance de Paris en se rapprochant des Etats Unis (2).

Depuis lors il a joui du soutien presque sans failles de l’impérialisme français ; le Tchad constitue en effet un pilier du dispositif militaire français, et son armée est sans aucun doute la plus fiable et la plus aguerrie aux côtés des militaires français. Elle a fait ses preuves au Mali et elle est engagée sur divers théâtres d’opération. Et tant pis si la soldatesque tchadienne commet des exactions et de viols sur les populations civiles (3)...

Il y a 2 ans des bombardements d’avions français avaient sauvé le régime en stoppant une avancée de rebelles sur N’Djamena ; cette fois-ci il ne semble pas qu’ils soient directement intervenus, mais les rebelles ont néanmoins dénoncé les renseignement fournis aux troupes tchadiennes par des vols de reconnaissance de drones et d’avions français.

D’autre part il n’y a aucun doute que la constitution du CMT ait été décidé en accord étroit avec les militaires français présents sur place, qui doivent sans doute « conseiller » le nouveau régime : le coup d’Etat a fondamentalement pour but le maintien de la domination française.

Les autorités françaises prétendent sans doute que leur présence militaire et l’ingérence continue dans les affaires du pays sont un facteur de « stabilité » : mais il s’agit de la stabilité de la domination impérialiste tricolore, dont les premières victimes sont les masses pauvres et les prolétaires du pays, saignés pour financer les dépenses militaires et soumis à l’arbitraire et à la rapacité des clans bourgeois au pouvoir, ainsi que des sociétés impérialistes ; ce n’est pas par hasard que les manifestants s’en sont pris à des sociétés françaises comme Total...

Les prolétaires et les masses du Tchad ont besoin de la solidarité des prolétaires des pays impérialistes, solidarité qui pour ne pas rester lettre morte devra se traduire dans la lutte ouverte contre les crimes de « leur » bourgeoisie, de « leur » État, autrement dit dans la reprise de la lutte de classe révolutionnaire contre le capitalisme.

A bas le coup d’État !
Impérialisme français hors du Tchad et hors d’Afrique !
Solidarité de classe avec les prolétaires et les masses exploitées du Tchad !
Pour la reprise de la lutte de classe internationaliste et internationale !


Parti Communiste International, 10/5/2021
www.pcint.org


(1) Les FACT, un groupe armé qui combattait aux côtés du général libyen Haftar lors de sa tentative de conquête de Tripoli. Après l’échec de celle-ci, il a tenté un coup de force au Tchad.

(2) « Hissène Habré a joué, dans notre dos, avec les Américains et c’est en sortant [d’un entretien avec lui –NDR] que j’ai décidé de l’éliminer », déclaration de l’ancien chef des services secrets français, fier de ses états de service au profit de la domination impérialiste française. Rien n’a changé depuis ni ne changera sous le soleil de l’impérialisme… cf RFI, 24/9/2016.

(3) Des soldats tchadiens ont été convaincus de viols et autres agressions au Niger. Cf Le Monde, 12/4/21

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