Une tribune pour les luttes

Banques honorables et paradis fiscaux

Article mis en ligne le mardi 25 novembre 2003

Nous gagnons de moins en moins, sous la pression du dumping social généré par les délocalisations et les importations de produits provenant de pays où les travailleurs ont de très faibles revenus. C’est avec notre épargne, avec l’argent de notre travail, avec les plus-values que nous avons octroyées aux patrons, que ces délocalisations sont financées et que notre tombe professionnelle se creuse un peu plus tous les jours. La France est l’un des pays industrialisés le plus directement et gravement touchés par ces pratiques.

D’autres l’ont déjà dit : "nos banquiers" ne nous veulent pas du bien. Car non seulement ils font travailler notre sueur et notre épargne contre nous, mais de surcroît ils nous refusent des prêts de plus en plus souvent.

Même dans des situations où nos biens couvriraient la créance, souvent la banque cherche à nous contraindre à les brader, au bénéfice des créanciers à qui elle nous livre en pâture. Car, comme certains employés de banque le disent de plus en plus ouvertement, "la banque n’est pas un service public"... Elle est donc au service de qui ?

Mais ce n’est pas tout : il y a les paradis fiscaux, le spéculation incontrôlée, le blanchiment de l’argent sale... On devrait, au moins, pouvoir exiger de "nos banquiers" la plus grande rigueur en la matière. Mais, bien au contraire, la situation n’est pas rassurante. Dans son ouvrage Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, les arènes 2003, Eva Joly écrit à ce sujet ce qui suit :

« Le leurre politique s’accompagne d’un leurre financier. Fruit d’une année d’enquête, un rapport du sénateur américain Levin rendu public en février 2002, montre la participation des plus grandes banques (il cite la Bank of New York, la Bank of America, Citigroup JP Morgan Chase...) au blanchiment de l’argent, notamment par le biais des "banques correspondantes" qu’elles hébergent généreusement. L’économie de la prohibition est une source de capitaux pour le système financier, lequel a su s’adapter pour recevoir cette manne conciliante sans se faire prendre. Les paradis bancaires des Antilles prospèrent avec le trafic provenant d’Amérique latine, et Singapour s’enrichit grâce aux narcodollars birmans.

Les établissements les plus respectables jouent un double jeu. La première banque française, BNP-Paribas, a des succursales dans huit des quinze pays accusés par l’OCDE de ne pas coopérer dans la lutte contre le blanchiment d’argent ("Les filiales compromettantes des grandes banques européennes ", L’Expansion, 28 septembre 2000). Autre exemple d’hypocrisie : le numéro un allemand, la Deutsche Bank, a menacé de fermer sa filiale de l’Ile Maurice, un des centres financiers les plus douteux du globe, mis en cause par le service de lutte contre le blanchiment du gouvernement mauricien... qui a finalement préféré fermer les yeux ». (fin de citation)

Scandaleux. Car l’argent sale concurrence nos salaires pour l’achat de toutes sortes de biens (par exemple, les prix dans l’immobilier) et, de surcroît, il est utilisé contre nous pour fomenter le dumping social (délocalisations, spéculation sur les marchandises, etc). Les gouvernements en savent beaucoup mais ne font rien : ils laissent "nos banques" et les spéculateurs faire ce qu’ils veulent à nos dépens. Mais nous, pourquoi laissons-nous faire les gouvernements et les banques ?

En particulier pourquoi ne mettons-nous pas les gouvernements et leurs majorités parlementaires au pied du mur ? On a jadis laissé faire Balladur, Juppé, Jospin... et d’autres avant eux, et à présent on laisse faire Raffarin. Quant aux banques, personne ne les dérange, personne ne leur demande des comptes, même pas un petit mot dans un journal. C’est ça, « notre démocratie ».

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