Une tribune pour les luttes

Guadeloupe - LKP

Visite de Sarkozy en Guadeloupe : Interviews d’Elie Domota

Nous n’attendons rien de la visite de Sarkozy aux Antilles

Article mis en ligne le jeudi 25 juin 2009

« La venue de ce dont Sarkozy est le nom, vous la ressentez comme un coup que cette chose vous porte, la chose probablement immonde dont le petit Sarkozy est le serviteur. » Alain Badiou : De quoi Sarkozy est-il le nom ? - Page 28

http://ugtg.org/article_967.html


I - Le Parisien : Guadeloupe : Domota maintient la pression

Nicolas Sarkozy avait promis de venir en Guadeloupe« dès que le calme serait revenu » ? Est-ce le cas ?

Les premières personnes qui annoncent pour l’instant son arrivée sont les escadrons de gendarmerie qui viennent de débarquer. Si le climat était si fiable, je me demande pourquoi envoyer 1 200 gendarmes supplémentaires en Guadeloupe !


Rencontrerez-vous le président ?

Aucune invitation ne nous a été faite.

Donc, vous ne le rencontrerez pas…

A priori non.

Où en est l’application des accords dits Jacques Bino ?

L’Etat et le Medef veulent revenir sur ces accords signés le 4 mars. L’arrêté d’extension de l’accord salarial pris par Brice Hortefeux le 3 avril a remis en cause la pérennité de l’augmentation de 200 € au-delà de trois ans, ce qui instaure une disparité entre les salariés en Guadeloupe et une distorsion de concurrence entre les employeurs. Le gouvernement fait une fois de plus allégeance au Medef, alors que les partenaires sociaux avaient trouvé un compromis. De plus, le RSTA (NDLR : revenu supplémentaire temporaire d’activité) mis en place par l’Etat pour contribuer, à hauteur de 100 €, à l’augmentation des salaires s’avère être un mécanisme d’une complexité insurmontable pour ceux qui devraient en profiter. Tout est fait pour décourager les Guadeloupéens.

C’est pour cela que vous avez appelé à une semaine de mobilisation au moment de la visite du président ?

Oui, mais pas seulement. Nous voulons aussi protester contre la répression judiciaire actuellement en cours contre les travailleurs qui ont participé à la mobilisation. Même nos avocats sont convoqués au tribunal pour être mis en examen ! On peut également parler de répression sociale : les trois plus grands hôtels de l’île ont fermé, ce qui a jeté à la rue 752 salariés, dans le silence complice de l’Etat et des élus. De plus, l’Etat veut autoriser la mise en place de pompes automatiques dans les stations-service, ce qui entraînerait le licenciement de 1 500 personnes. Cette répression sociale se manifeste encore par des fermetures d’entreprises de la part d’employeurs qui se disent en difficulté, alors qu’ils ne payent pas leurs cotisations sociales depuis des années.


Il y a eu quand même des avancées…

Certes, les prix de certains produits ont baissé, ceux de l’eau et des loyers sont gelés, mais on constate que l’Etat et les patrons sont en train de s’organiser pour revenir à la situation antérieure.


Quelles formes prend la mobilisation ?

Il y a un certain nombre de conflits qui perdurent : par exemple, les pompiers de l’aéroport sont en grève depuis le 17 décembre. Depuis la signature du protocole, le 4 mars, les grèves n’ont en fait jamais cessé. Cette semaine, nous nous mobilisons autour des différents conflits. Tout cela sera ponctué par une grande manifestation samedi dans les rues de Pointe-à-Pitre.

Lundi, à Versailles, Nicolas Sarkozy a évoqué, à propos de l’outre-mer, la question de l’égalité, et a promis de dégager des moyens…

J’ai entendu cela, mais c’est en totale contradiction avec les décisions qui sont prises en Guadeloupe, d’autant que la discrimination raciale à l’embauche ne fait que s’accentuer contre les Guadeloupéens. Ce que dit Sarkozy, ce ne sont que des discours. Dans la réalité, rien n’a changé, bien au contraire.


Ne regrettez-vous pas d’avoir refusé de participer aux états généraux sur l’outre-mer ?

Les seules personnes qui se félicitent peut-être de ces états généraux, ce sont le préfet, le coordinateur et quelques membres du gouvernement. Ces états généraux sont un échec total. Les Guadeloupéens ne savent même pas de quoi il s’agit. C’est un débat de bureaucrates et d’experts. Pour cacher la vérité, on va dire que cela a été la plus grande consultation qui a jamais existé sur l’outre-mer. Il faut arrêter de se moquer des gens : s’il y a autant de mécontentement, c’est parce que rien n’est fait pour permettre aux Guadeloupéens de s’expliquer librement.


Vous ne souhaitez pas bienvenue à Nicolas Sarkozy ?

Il est président, il fait ce qu’il veut de son agenda…

Source : Le Parisien : Guadeloupe : Domota maintient la pression
http://www.leparisien.fr/politique/...
Propos recueillis par Philippe Martinat
24.06.2009

II - L’Express - Domota : "Nous n’avons pas été invités à rencontrer Sarkozy"


Quelle est la situation aujourd’hui en Guadeloupe à 48 heures de l’arrivée de Nicolas Sarkozy ?

De nombreux conflits se poursuivent depuis plusieurs mois. L’accord du 5 mars n’a rien réglé. D’ailleurs, celui-ci a été amputé d’une de ses principales dispositions par Brice Hortefeux, lorsqu’il était ministre du Travail. Le protocole d’extension de l’accord Bino, qui prévoit une prime de 200 euros pour les salariés modestes, ne dit pas qui prendra en charge, dans trois ans, la part de l’Etat. Aujourd’hui, on nous dit que les entreprises ne savent pas où elles en seront dans trois ans et qu’elles ne peuvent donc pas s’engager.

Que demandez-vous aujourd’hui et qu’attendez-vous de la visite de Nicolas Sarkozy ?

Nous refusons que l’Etat et les entreprises reviennent sur leurs engagements. Pour nous faire entendre, nous organisons samedi, à Pointe-à-Pitre, une grande manifestation. Quant à la visite de Nicolas Sarkozy, je pense que le plus important, c’est d’apporter une réponse aux problèmes des Guadeloupéens. Aujourd’hui, plus de 700 salariés dans l’hôtellerie sont menacés de licenciements. Un millier d’autres pourraient perdre leur emploi si l’on décide effectivement d’automatiser les stations-services. Tous ces sujets restent sans réponse.

Allez-vous rencontrer Nicolas Sarkozy durant son passage en Guadeloupe ?

Aucune invitation ne m’a été adressée. De toute façon, depuis plusieurs semaines, l’Etat nous évite. Lorsqu’une mission parlementaire s’est rendue sur l’île, nous n’avons rencontré personne.

L’Elysée affirme qu’elle vous a bien contacté ces derniers jours...

C’est faux. Je maintiens ce que j’ai dit.


Il n’y aura donc aucune rencontre ?

Non.

Source : L’Express : Domota : "Nous n’avons pas été invités à rencontrer Sarkozy" http://www.lexpress.fr/region/domot...
Par Matthieu Deprieck,
Publié le 24/06/2009


III - Le Monde : Elie Domota : "Nous n’attendons rien de la visite de Nicolas Sarkozy aux Antilles"

Sur la venue de Sarkozy :

Sarkozy a annoncé une visite, on ne sait même pas à quelle heure il arrive, on ne sait même pas oû il va... On verra donc bien... Mais nous n’avons aucune attente particulière...


Sur la situation en Guadeloupe :

Apparemment, la situation sociale de la Guadeloupe n’a pas l’air d’être la priorité [pour l’état].

Sur l’invitation de Sarkozy à une rencontre dans le cadre des états généraux :

Nous ne savons ce que c’est que ces états généraux... Nous ne voyons pas pourquoi nous serions invités à une réunion dont nous ne connaissons ni la teneur ni quoi que ce soit...

Pendant 44 jours nous n’avons pas cessé de nous mobiliser sur la situation en Guadeloupe. Alors si c’est seulement aujourd’hui qu’on entend ou qu’on entendrait [de la bouche de Sarkozy] que les choses vont changer, alors ce serait surprenant.

Source sonore : Le Monde : Elie Domota : "Nous n’attendons rien de la visite de Nicolas Sarkozy aux Antilles"
http://www.lemonde.fr/societe/panor...
24.06.09


IV - Le Journal du Dimanche : Elie Domota : "On cherche à torpiller notre accord"

Quel bilan tirez-vous des quarante-quatre jours de grève générale en Guadeloupe ?

Il s’est passé quelque chose d’historique. Ce n’est pas le LKP qui le dit, mais les journalistes d’Al-Jazira et de la télé japonaise, qui sont venus filmer les événements. Ou les syndicalistes, les sociologues américains, qui nous invitent à des congrès aux Etats-Unis. Pendant la grève, les Guadeloupéens ont montré à quel point ce petit pays était dynamique et déterminé à établir de nouveaux rapports sociaux.

Selon de nombreux chefs d’entreprise, le conflit a mis l’économie de l’île à genoux. Vous sentez-vous responsable de ce désastre ?

Pour l’instant, aucun chiffre officiel ne vient confirmer ces accusations. Le chômage a très peu augmenté. Les entreprises qui ferment leurs portes aujourd’hui auraient cessé leur activité même si le conflit n’avait pas eu lieu. En France, on annonce chaque jour de nouvelles fermetures, comment imaginer que la Guadeloupe soit épargnée par la crise mondiale ? Actuellement, plusieurs hôtels ont fermé, non parce qu’ils n’ont pas de clients, mais parce que leurs patrons ne veulent pas accorder d’augmentations aux salariés.

Comment se déroule l’application de l’accord du 4 mars conclu avec le patronat ?

La situation est très contrastée. D’un côté, nous avons obtenu une très belle victoire, puisque nous avons signé de nombreux accords dans les entreprises et que 50 000 salariés bénéficient d’importantes augmentations de salaires, jusqu’à 200 euros pour les bas salaires, ce qui équivaut de fait à la création d’un smic à 1 500 euros. Mais l’Etat, cédant sans doute à la pression du Medef, qui n’a pas digéré notre victoire, cherche à torpiller l’accord, et 30 000 autres salariés du privé devront se contenter de moindres avantages. On instaure un marché du travail à deux vitesses, c’est inadmissible.

Autre échec : au supermarché, les prix n’ont pas baissé...

Le prix du gaz et celui de l’essence ont diminué, mais c’est vrai que de nombreux points du protocole d’accord sont foulés au pied. Les produits de première nécessité, dont les prix ont baissé en vertu de l’accord du 4 mars, ont disparu des rayons !

Pourquoi refusez-vous de participer aux états généraux organisés par le gouvernement ?

Ces états généraux sont un leurre. Le gouvernement a déjà en tête une politique pour les DOM dans les prochaines années. Tout est décidé à Paris mais on cherche une caution populaire. Il faut prendre le temps d’aller au fond des choses pour changer radicalement le système.

De nombreux Guadeloupéens estiment que vous posez les bonnes questions mais sans proposer de réponses. Le LKP participera-t-il aux régionales l’an prochain ?

Ce n’est pas notre vocation. Nous sommes un mouvement associatif et syndical. Mais notre forte audience s’explique par le fossé grandissant entre le peuple et les élus guadeloupéens, qui ne pensent pas à l’intérêt général mais à leur réélection.

Allez-vous rencontrer le président de la République la semaine prochaine ?

Pour l’instant, je n’ai reçu aucun appel. Mais nous l’attendons de pied ferme en organisant une manifestation samedi à Pointe-à-Pitre.

Source : JDD : Elie Domota : "On cherche à torpiller notre accord"
Propos recueillis par Anne-Laure BARRET
Le Journal du Dimanche, jeudi 25 juin 2009
http://www.lejdd.fr/cmc/politique/2...

V - Les matins de France Info avec Céline Bayt-Darcourt : Elie Domota : Pour ne pas nous voir, c’est bien aux états-généraux qu’il faut nous inviter...

Qu’est ce que vous attendez de la visite de Nicolas Sarkozy ?

Nous n’avons pas planifié de demande particulière. M. Sarkozy avait annoncé sa visite en Guadeloupe et en Martinique. Nous sommes toujours sur la brèche : il y a toujours un certain nombre de problèmes qui ne sont pas réglés, il y a des grèves qui continuent... Donc nous nous battons pour l’application pleine et entière des accords : de l’accord du 4 mars 2009, de l’accord salarial Jacques BINO, des accords d’entreprise ; et puis sur plein d’autres choses qui ont été négociées et qui ne sont pas respectées par les patrons ou même par l’état.

Les prix des produits de première nécessité par exemple devaient baisser. Est-ce que c’est le cas ?

Il y a 1400 produits qui ont connu une baisse des prix, mais dans le même temps on constate que dans les rayons il y a des produits qui manquent ou qu’il y a d’autres produits qui ne sont pas sur les listes de baisse et qui ont connu des augmentations faramineuses...
On voit aussi une répression sociale qui est instaurée notamment dans l’hôtellerie : notamment au Gosier, il y a trois grands hôtels qui ont fermé, jetant à la rue 750 salariés [l’équivalent de 120 000 salariés en France]. _ Et là on n’entend ni les élus ni l’état. Il y a également pas mal de camarades convoqués ces jours-ci devant les tribunaux suite au mouvement de grève de 44 jours.
On peut donc dire qu’il y a une volonté de l’état et du patronat de revenir à l’avant 20 janvier 2009.

Ne regrettez-vous pas de boycotter ces états-généraux de l’Outre Mer [destinés à] faire avancer les choses ?

Je ne pense pas que ce soit des états généraux pour faire avancer les choses. Il s’agit ni plus ni moins de chercher une caution populaire pour valider des décisions qui ont déjà été arrêtées et validées à Paris.
Et d’ailleurs les thèmes qui ont été abordés sont ceux qui ont été arrêté par le président de la république française ; notamment "la gouvernance" qui n’a jamais été une préoccupation du LKP pendant les 44 jours.
En fin compte il s’agit de trouver une caution populaire et de permettre à L’UMP de se refaire une santé en Guadeloupe.

Allez vous rencontrer Nicolas Sarkozy au cours de sa visite en Guadeloupe ?

Pour l’heure non ; puisqu’aucune invitation ne nous a encore été faite.

Il vous a convié aux états-généraux, quand même...

Nous avons déjà notre position sur les états-généraux... Donc pour ne pas nous voir, c’est bien là qu’il faut nous inviter...

Qu’avez vous prévu pour l’accueillir ? Des manifestations ???

Non, non... Ce n’est pas monsieur Sarkozy qui organise nos luttes. Toute cette semaine nous axons nos luttes sur la résolution des conflits en cours. Donc tous ces jours-ci nous organisons des meetings et le renforcement des piquets de grève pour avoir gain de cause sur l’ensemble des points de revendications qui sont posés. Avec en fin de samedi une grande manifestation dans les rues de Pointe à Pitre.

C’est cette semaine seulement, ou alors vous voulez relancer le mouvement de protestation comme au début de l’année ?

Mais nous n’avons jamais cessé... Depuis la signature du protocole le 4 mars, il y a en moyenne chaque semaine pas moins de 15 à 20 entreprises en grève. Aujourd’hui, il en reste toujours une bonne dizaine dizaine d’entreprises en grève. Et toujours autour des mêmes difficultés : l’application de l’accord salarial Jacques BINO.
Il faut savoir que sur 80 000 salariés éligibles, il y a environ aujourd’hui plus de 50 000 salariés qui sont couverts par la clause de convertibilité qui garantit le maintien des 200 euro au delà de 3 ans, qui garantit la prise en charge de ces 200 euro par l’employeur au delà donc de ces trois ans. Et il y a 30 000 personnes qui malheureusement n’en bénéficient pas en raison de la suppression de cette clause de convertibilité par l’arrêté d’extension pris par M. Hortefeux. Cela veut dire que les employeurs ne sont pas obligés de pérenniser ces 200 euro.

Il y a donc une véritable discrimination salariale au niveau des travailleurs ; mais également une distorsion de concurrence au niveau des employeurs : ceux qui prennent en charge les 200 euro se trouvent lésés par rapport aux autres qui s’y refusent.

Il y a donc un net décalage entre.

Publié par La Centrale UGTG le jeudi 25 juin 2009

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