Une tribune pour les luttes

Le local Rue Bonnie va fermer, vivent les Barricades !

Article mis en ligne le jeudi 6 juin 2024

Le collectif du Barricade s’est fondé en 2014 autour d’un projet de local autogéré qui nous permettait d’avoir un lieu pour nous réunir, diffuser des idées révolutionnaires, impulser une dynamique de solidarité et d’entraide. Pendant dix ans, en tant que collectif et lieu d’appui aux luttes, nous avons participé aux mouvements contre la loi travail, contre les réformes des retraites successives. Nous avons été Gilets jaunes, nous avons soutenu des luttes locales tout comme internationales. Le Barricade a été un outil d’organisation et nous a permis d’agréger de nombreux et nombreuses camarades qui, comme nous, sont convaincues qu’une autre société est possible.

Le Barricade a été un succès sur de nombreux plans, que ce soit la solidarité directe avec des cours de FLE, (français langue étrangère) des régalades (cantines populaires), des ateliers de réparation, de couture ; par la formation et le sport, avec la bibliothèque, les cafés philos, les cinéclubs et les ateliers de boxe et de yoga avec Astéras... Notre local a accueilli l’Assemblée contre les violences d’État qui s’organise face à toutes les formes de répression policière et/ou judiciaire. Il nous semblait également important de nous ouvrir aux luttes dans le monde : solidarité avec des squats et des prisonniers grecs, cagnotte de solidarité à des camarades brésiliens, organisation de soirées débats (crise sociale au Venezuela, guerre en Ukraine, antifascisme en Allemagne, condamnés à mort aux États unis, génocide à Gaza... Difficile de résumer en quelques lignes dix ans d’activité !

Malgré nos failles et nos difficultés, nous avons toujours eu à cœur la diffusion et l’échange autour d’idées révolutionnaires, afin d’être outillé·es pour comprendre les mécanismes de l’exploitation, du capitalisme, de la répression. Et pour réfléchir à transformer la société ! On a aussi bien rigolé, bu des coups, on a fait le choix de se serrer les coudes plutôt que de serrer les dents et il nous semblait important d’animer un lieu où la camaraderie primait face à l’individualisme.

Néanmoins, au fil des années, des manques nous sont apparus : animer un local prend beaucoup de temps et d’énergie, parfois au détriment de l’intervention dans les luttes. Il nous semble aujourd’hui nécessaire de faire plus : de porter haut et fort ces perspectives révolutionnaires et d’auto-organisation dans la ville. Nous avons aussi été confrontés à des difficultés au cours de ces dix ans, notamment au durcissement de la répression, à la montée du fascisme et aux difficultés à s’organiser ensemble contre le capitalisme alors que le travail et l’idéologie libérale ont affaibli le principe même d’organisation collective. De plus, l’augmentation des prix des loyers et de l’énergie a affecté notre action. Nous ne voulons pas que nos activités visent en premier lieu à réunir les sous pour payer le loyer aux dépens d’une activité politique. Ces dernières années ont aussi été difficiles pour s’organiser, trouver l’énergie et renouveler notre collectif. Cette forme d’organisation, qui avait du sens il y a dix ans, autour d’un local, sur la base de principes rassembleurs très larges, ne nous paraît plus tout à fait adaptée aux exigences de la période. Notre bail arrive à échéance cet été, et pour les raisons évoquées plus haut, nous avons pris la décision de ne pas le renouveler. C’est donc la fin du Barricade sous la forme que vous avez connue.

Une page se tourne. Lorsque nous avons ouvert le Barricade il y a dix ans, la prise de pouvoir de l’extrême droite paraissait une perspective éloignée, alors que le réchauffement climatique semblait encore appartenir à un futur lointain. Les dix dernières années ont vu de grands bouleversements. Si nous avons connu de grands soulèvements et luttes dans le monde et en France notamment le combat contre la Loi travail et les Gilets Jaunes, force est de reconnaître que la situation a bien changé et le capitalisme s’est barbarisé. Les États sont devenus de plus en plus autoritaires et fascisants, entre répression féroce, mutilations et judiciarisation des mouvements sociaux et maintenant l’accentuation de la contre-insurrection en Kanaky. Au niveau écologique, l’inaction des managers capitalistes qui nous dirigent nous mène directement vers une catastrophe climatique dont nous peinons à saisir l’ampleur. À cela, s’ajoute le spectre des guerres qui s’étendent d’Ukraine à Gaza. Et nous faisons face à des difficultés économiques croissantes pour assurer des conditions de (sur)-vie de moins en moins dignes.

Mais la résignation n’est pas une option, plus que jamais il nous semble important de s’organiser, de lutter, de reprendre confiance en la force du collectif et de montrer qu’une autre société est possible ! Si nous faisons le choix de quitter notre local, c’est aussi pour sortir d’un lieu dont l’animation n’était pas suffisante pour réagir à ces nouveaux enjeux. Même si le local de la rue Bonnie ferme, nous sommes persuadées que des lieux accessibles qui servent d’appui aux luttes, proposant des activités ouvertes et gratuites restent nécessaires à Montpellier : nous allons donc continuer à proposer des espaces de débats, de formations, de luttes... mais aussi de convivialité et de solidarité directe !

Cela nous permettra de formuler plus finement une réflexion et une critique qui s’oppose radicalement à l’État et au capitalisme et participer aux luttes qui y correspondent. Une fois que nous serons parvenu·es à retrouver ce sens, qui nous a manqué dernièrement, nous gardons le projet d’ouvrir un nouveau lieu, basé sur un autre modèle.

Ainsi, ce n’est donc pas la fin du Barricade, mais une nouvelle étape, en adéquation avec les enjeux de la période. Cette étape ne concerne pas uniquement le collectif d’animation du Barricade, il concerne aussi toutes les personnes qui ont fréquenté le lieu. C’est pour cela que nous vous invitons à une discussion sur le bilan et un débat autour du futur du Barricade le 29 juin. Ensuite nous fêterons dignement les derniers jours du local Rue Bonnie avec une grande régalade/cantine populaire suivie d’un karaoké d’anthologie !

PS : n’hésitez pas à nous envoyer un retour sur votre expérience du barricade !

P.-S.

Le collectif Le Barricade
5 rue Bonnie
lebarricade.montpellier chez gmail.com
https://www.facebook.com/BarricadeMontpellier?ref=bookmarks

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