Une tribune pour les luttes

UNE SEMAINE DE REVOLTE CONTRE L’INJUSTICE SOCIALE

Article mis en ligne le lundi 7 novembre 2005

En une semaine, les émeutes initiées à Clichy-sous-Bois par la mort de Ziad et
Banou se sont propagées à d’autres villes de banlieue parisienne puis
finalement à tout l’hexagone. C’est le résultat inévitable d’au moins cinq
années de sarko-show, huit années de durcissement sécuritaire et plus de trente
années de dégradation sociale.

Ziad et Banou sont morts électrocutés dans un transformateur EDF, un troisième
mineur est dans un état grave. Ils se croyaient poursuivis par la police.
Saura-t-on un jour s’ils l’étaient effectivement, et si les policiers sont
coupables de non-assistance à personnes à danger ?

Quelles que soient les circonstances exactes de la mort de ces deux adolescents,
elle aura été l’étincelle. La jeunesse des banlieues est saturée de rancœur
contre un État qui, depuis des années, ne lui apparaît plus que dans son
essence policière, judiciaire, et de plus en plus pénitentiaire.

Dans les quartiers populaires, les habitant(e)s vivent constamment dans la peur,
pour eux ou leurs enfants, des contrôles d’identité humiliants, au faciès, des
arrestations arbitraires, des passages à tabac impunis, et des inculpations
pour « outrage et rébellion » frauduleuses afin de satisfaire à la « politique
du chiffre ». Les rapports officiels récents eux-mêmes insistent sur cet
accroissement du non-respect de la loi par ses principaux dépositaires.

Et que dire des provocations du ministre de l’Intérieur, mais surtout du mépris
d’une politique qui, considérant les cités comme des territoires à reconquérir,
s’apparente de plus en plus à une pratique coloniale et militaire du « maintien
de l’ordre » ?

Alors oui, on regrette que cette violence - répondant à celle illégitime du
pouvoir - s’exprime le plus souvent et paradoxalement contre celles et ceux
qui, dans les quartiers de relégation, subissent déjà la violence étatique et
patronale. Brûler des voitures, des écoles ou des bus nuit à la légitimité de
cette révolte spontanée dont le sens est pourtant confusément compris par la
population.

Et en même temps il nous faut rappeler la réponse de l’État lorsque ces jeunes
et leurs familles choisissent d’autres voies, comme celles des plaintes contre
la police qui ne conduisent qu’exceptionnellement à des condamnations
(rappelons-nous la démarche de l’association Bouge qui bouge à Dammarie-les-Lys
(1)) ou comme celles, basées sur la démarche collective solidaire, de la marche
des beurs des années 1980 cassée volontairement par le pouvoir socialiste de
l’époque avec la récupération par SOS Racisme.

La révolte contre l’injustice, le sens d’une certaine solidarité de masse, et
les éléments de réflexion politique d’une majorité de jeunes sont des valeurs
que nous défendons. En cela nous sommes dans une compréhension solidaire de
l’état de nécessité et des motivations de l’action directe qui animent
actuellement les quartiers populaires.

Cette semaine d’émeutes exprime le désespoir de la frange la plus marginalisée
d’une génération en manque de perspectives.
Elle est pourtant à mettre en lien avec la stratégie de la tension du
gouvernement et l’actuelle répression des mouvements sociaux (transports,
Poste, mouvement des lycéen-nes, faucheurs d’OGM ...). Ces luttes témoignent de
la même insécurité sociale.

Nous n’irons pas réclamer un retour à la « police de proximité » ou la
construction de gymnases pour que la jeunesse se défoule en silence. Croit-on
sérieusement résoudre ainsi la détresse sociale due à la violence politique et
sociale du pouvoir ?

Nous n’irons pas même réclamer la démission du ministre de l’Intérieur, évoquée
par une partie de la gauche. Cette question est subalterne, misérablement
politicienne, et scandaleuse quand on se souvient que la gauche plurielle a
elle-même institué les politiques sécuritaires et ne dévie pas encore
aujourd’hui du modèle libéral-sécuritaire dominant (2).

Sans redistribution du travail et des richesses, et si la régression sociale,
les inégalités, le racisme et l’exclusion continuent de perdurer, de tels accès
de rage sont appelés à se reproduire.

Aucune « prévention », aucune récupération religieuse, aucune répression n’y
pourra rien. Seules la justice et l’égalité économique et sociale constituent
une réponse.

Secrétariat fédéral d’Alternative libertaire,
5 novembre 2005

(1) Alternative libertaire n°110, septembre 2005 : « Dammarie-les-Lys, Cité en
deuil, cité en résistance » (texte intégral sur
http://alternativelibertaire.org/index.php?dir=journal/al110&page=110_09.htm&n=1)

(2) Séance du 16 juillet 2002 à l’Assemblée nationale, adresse du député Julien
Dray au ministre de l’Intérieur, qui présente alors un arsenal de lois
répressives : « La société [...] ne peut trouver d’autre solution que la
répression [...]. Pour le bien-être de notre pays, je ne peux que souhaiter votre
succès. [...] Votre texte présente une certaine continuité avec le plan
stratégique préparé par le précédent gouvernement. »

— 

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