Une tribune pour les luttes

Lettre d’information tous migrants

Article mis en ligne le vendredi 8 décembre 2023

Voilà déjà 5 mois que nous n’avons donné de nos nouvelles... Pourtant dans le Briançonnais comme ailleurs des personnes en exil continuent de traverser une frontière gardée comme une forteresse. Si elles y parviennent, parfois après plusieurs refoulements en Italie en toute illégalité, elles sont accueillies par des organisations solidaires quand elles devraient l’être par l’État. Mais certains y laissent la vie, comme Moussa le 7 août, Mohamed le 14 octobre, et Mahadi le 3 novembre. Tous contraints d’emprunter des itinéraires de plus en plus dangereux pour échapper aux forces de l’ordre réparties sur un large périmètre.

Nous le répétons depuis des années, le déploiement des forces de l’ordre ne dissuade personne. Les exilé·e·s qui arrivent jusqu’à nos frontières ont traversé le désert, les geôles les tortures et l’esclavage en Libye, la Méditerranée souvent après avoir vu périr noyés des êtres chers. Ou ont marché pendant des semaines et des mois sur la route des Balkans, pourchassé·e·s par des milices armées, en étant dépouillé·e·s, racketté·e·s. Ce ne sont pas 80 gendarmes mobiles supplémentaires, ce n’est pas une « Border Force » qui n’est qu’une opération de communication de plus qui vont les convaincre de faire demi-tour. Nous rappelons que toutes ces personnes, déjà si souvent confrontées à la mort, sans parler du deuil et de l’arrachement de leur pays d’origine, ont un élan de vie, un projet d’avenir qui les a fait tenir tout au long de leur parcours, et que ce n’est pas quasiment arrivées au bout de leur voyage qu’elles renonceront.

À défaut d’être efficace pour empêcher le passage de la frontière, le déploiement des forces de l’ordre cherche à faire passer le message que l’État nous protège des « migrants » qui représenteraient un danger pour notre sécurité ou notre identité, reprenant les discours les plus racistes et les plus démagogiques sur le « grand remplacement », le choc de civilisation et autres fadaises, comme l’ « appel d’air ». C’est bien d’une instrumentalisation des personnes exilées à des fins purement politiciennes qu’il s’agit.

Ces politiciens qui jouent sur la peur de « l’étranger » tentent également d’affaiblir l’action des personnes solidaires qui accueillent, hébergent, soignent, accompagnent, soutiennent, défendent les personnes exilées : il y aurait d’un côté les « bons » solidaires, humanitaires et désintéressés et de l’autre les dangereux No Borders, taxés d’extrême gauchistes, droitsdelhommistes (liste non exhaustive) qui n’agiraient pas dans l’intérêt des personnes exilées mais les utiliseraient pour servir leurs objectifs politiques. En psychologie c’est un mécanisme bien connu, cela s’appelle une projection, qui consiste à prêter à l’autre ses propres fonctionnements.

Retournons l’argument : au nom de quelle idéologie politique des êtres humains sont privés d’eau comme à Calais, Paris, Briançon, privés de toit, de droits, d’avenir et parfois de leur vie ?

À ces discours qui tentent de discréditer nos actions, nous répondons qu’être apolitique, comme l’est le mouvement citoyen Tous Migrants signifie ne pas être inféodé à un quelconque parti, ni subordonné à une quelconque subvention, de manière à exercer pleinement et en toute indépendance notre droit de regard sur les politiques menées en notre nom. Ainsi nous sommes acteurs et actrices de la transformation de la société vers plus de justice et d’égalité des droits et nous faisons de la politique au sens le plus ancien et le plus légitime du terme.

À ces discours qui tentent de nous diviser, nous opposons la cohésion de nos organisations, collectifs, associations, tant au niveau local que national et international. Nous avons des modalités d’action différentes mais notre solidarité s’exerce entre nous de façon concrète (mise à disposition d’un avocat, recours juridiques, soutiens financiers). Nous continuerons à œuvrer ensemble pour un accueil inconditionnel et digne, pour le respect des droits et la liberté de circulation de tous et toutes.

Ces derniers mois sont aussi marqués par des victoires ! Le 21 septembre, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a rendu un arrêt qui oblige la France à mettre ses pratiques aux frontières en conformité avec le droit de l’Union européenne (plus d’informations dans la partie communiqués de presse ci-dessous). Le 6 décembre nous avons appris la victoire en cassation et donc le retour en appel d’une plainte déposée en 2017, le premier cas de violence policière envers un solidaire à la frontière (voir le billet de dernière minute).

D’autres informations sur : https://80xf2.r.a.d.sendibm1.com/mk/mr/sh/SMJz09SDriOHTBYsRlTIGuW2b60a/Ud89lALSwxhu

P.-S.

Tous migrants : https://tousmigrants.weebly.com/

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