Une tribune pour les luttes

La lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le lundi 20 avril 2020

Nouveaux articles


** Notes anthropologiques (LI) **
par Georges Lapierre - 18 avril 2020

Traité sur l’apparence (VI)
Le naturalisme et la pensée scientifique

La pensée dite objective (ou pensée positive, ou pensée scientifique)
en scellant d’une manière définitive la séparation entre le sujet
pensant et son environnement perçu comme non humain se présente
comme l’aboutissement de la pensée religieuse. Elle en marque
l’accomplissement. Elle entérine la fin de la pensée religieuse, non
parce qu’elle en serait la véritable critique, mais parce qu’elle en
est l’achèvement, le point final : la séparation entre l’humain et
l’au-delà de l’humain dont nous entretenait la pensée religieuse a
atteint son aboutissement, l’au-delà de l’humain est tout bonnement
le non-humain. Et le non-humain, celui qui n’entre pas comme sujet
dans une relation entre sujets, dans une relation subjective, n’a que
l’apparence d’un être humain, il est dieu ou esclave. Le marchand est
un esclave qui a choisi d’être un dieu, ou, du moins, qui a vu dans
l’argent, le dieu tout-puissant à servir. L’au-delà du sujet n’est
pas un dieu ou un esprit comme on le croyait communément sans trop
réfléchir à la question, mais l’objet, il est l’apparence qui rend
l’humain hors de portée (comme l’esclave n’offre que l’apparence
de l’humain), qui rend le soi hors d’atteinte, qui rend le soi
inaccessible, comme le voulait Kant avec juste raison. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LI

** Qu’est-ce qu’il nous arrive ?
Beaucoup de questions et quelques perspectives
par temps de coronavirus **

par Jérôme Baschet - 16 avril 2020

Il n’est sans doute pas faux de dire que le Covid-19 est une maladie
du Capitalocène et qu’il nous fait entrer de plain-pied dans le XXIe
siècle. Pour la première fois sans doute, il nous fait éprouver de
façon tangible la véritable ampleur des catastrophes globales des
temps à venir.

Mais encore faut-il tenter de comprendre plus précisément ce qu’il nous
arrive, en ce qui concerne tant l’épidémie provoquée par le SARS-CoV-2
que les politiques sanitaires adoptées pour l’endiguer, au prix d’une
stupéfiante paralysie de l’économie ; car on ne peut, sans ces
préalables, espérer identifier les opportunités qui pourraient
s’ouvrir dans ces circonstances largement inédites. La démarche n’a
cependant rien d’assurée. Pris dans le tourbillon d’informations
chaque jour plus surprenantes ou déconcertantes que suscite
l’événement, on titube. On n’en croit parfois ni ses yeux ni ses
oreilles, ni nul autre de ses sens. Mieux vaut admettre que bien des
certitudes vacillent. Bien des hypothèses aussi. Mais il faut bien
commencer à tenter quelque chose, provisoirement et partiellement, en
attendant que des élaborations collectives mieux assurées ne prennent
le relais. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Qu-est-ce-qu-il-nous-arrive-Beaucoup-de-questions-et-quelques-perspectives-par

** Considérations sur les temps qui courent **
par Georges Lapierre - 16 avril 2020

La pandémie du coronavirus, comme tout événement qui touche à notre vie
quotidienne, a bouleversé quelque peu, et pour un certain temps, les
conceptions figées que nous nous faisions sur la réalité. Des idées
toutes faites se sont enfoncées dans l’obscurité alors que d’autres,
plus confuses, se sont éclaircies. Comme une lourde pierre se détachant
de la falaise rocheuse pour jeter un trouble passager dans les eaux
limpides d’un lac, faisant remonter la vase à la surface, cette
pandémie a remis au goût du jour des interrogations enfouies dans les
profondeurs. Il est sans doute bien trop tôt pour faire un constat
honnête de la situation ainsi créée ou même d’en défricher
précisément les nouveautés et j’ai le sentiment de plonger en eau
trouble pour y chercher un éclaircissement.

Jusqu’à présent, nous avions trouvé un certain confort intellectuel
dans une vision du monde somme toute simpliste qui opposait la nature
à la culture, nous n’allions même pas jusqu’à envisager qu’une telle
conception de la réalité pouvait bien provenir de l’expérience que
nous avions de notre propre réalité, réalité sociale dans laquelle
l’inhumain, le corps de l’esclave, se trouvait asservi à une certaine
idée de l’humain, ce qui pouvait s’avérer inquiétant (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent

** Plus jamais un Mexique sans nous ? **
par Yásnaya Elena Aguilar Gil - 14 avril 2020

Un fleuve

Le nom d’un fleuve qui naît sur le plateau tibétain, passe par l’Inde
et traverse le Pakistan raconte une histoire troublante. Son nom, Indo
en espagnol, vient d’une langue ancienne réservée aux métiers et aux
écritures sacrées de l’hindouisme. Du sanskrit "Sindhu", le mot est
devenu en persan "Hindush", en grec "Indos", puis en latin "Indus",
et enfin est passé à l’espagnol sous la forme "Indo". Du nom de
ce fleuve dérive aussi celui de la région que nous connaissons comme
l’Inde, et, plus tard, du fait d’une histoire de confusions
géographiques trop bien connue, l’appellation "indio" a fini par
être utilisée pour désigner les membres d’un ensemble de peuples qui
habitaient le continent américain à l’arrivée des colonisateurs
européens. Le vieux nom d’un fleuve, mentionné dans le plus ancien
texte de l’Inde, a également acquis sous de tout autres latitudes une
connotation nettement méprisante. Je pense à ce fleuve quand, à bord
d’un taxi, j’entends le chauffeur lancer des jurons à une personne qui
manque de causer une collision, un chapelet d’insultes qui se termine
par un retentissant "¡indio !". (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Plus-jamais-un-Mexique-sans-nous

** Mexique
Tourisme colonisateur
La longue histoire maya menacée **

par Alberto Hidalgo, Ana Esther Ceceña - 11 avril 2020

Le tourisme est devenu un commerce lucratif puissant. Les témoignages
des temps anciens, qui, en d’autres temps, ont dû être détruits ou
anéantis pour faire place à la modernité capitaliste et à sa volonté
de développement expansif et au progrès, sont aujourd’hui de
spectaculaires objets de jouissance, d’admiration et de rentabilité.
C’est le cas de la forêt ou des sites naturels, des plus exubérants
au plus désertiques, qui se vendent en suscitant des rêves d’exotisme.
Le sud-est du Mexique est un lieu particulièrement paradisiaque, riche
de culture et de biodiversité. Les édifices mayas y sont nombreux au
milieu d’une forêt dense, peuplée de jaguars ou d’oiseaux multicolores.
Les modernisateurs contemporains ont imaginé le progrès aux couleurs
du tropique en faisant de chaque édifice préhispanique une mine d’or,
grâce à un train qui surgirait de la forêt y amenant le plus de
touristes possibles pour qu’ils admirent de telles richesses. Pour
ce faire, comme à Chichén Itzá, on aménage les alentours avec des
restaurants et des hôtels, et probablement des antres de vente d’alcool,
de drogues et de femmes, comme dans tout autre centre touristique
moderne. Parfois ces restaurants, comme à Chichén Itzá, sont si proches
des pyramides qu’ils rappellent les scènes des conquistadors édifiant
des cathédrales sur les villes indiennes. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Mexique-Tourisme-colonisateur-La-longue-histoire-maya-menacee

** Peuples du monde, encore un effort ! **
par Raoul Vaneigem - 10 avril 2020

Le monde change de base

Le choc du coronavirus n’a fait qu’exécuter le jugement que
prononçait contre elle-même une économie totalitaire fondée
sur l’exploitation de l’homme et de la nature.

Le vieux monde défaille et s’effondre. Le nouveau, consterné
par l’amoncellement des ruines, n’ose les déblayer ; plus apeuré
que résolu, il peine à retrouver l’audace de l’enfant qui apprend
à marcher. Comme si avoir longtemps crié au désastre laissait
le peuple sans voix.

Pourtant, celles et ceux qui ont échappé aux mortels tentacules
de la marchandise sont debout parmi les décombres. Ils s’éveillent
à la réalité d’une existence qui ne sera plus la même. Ils désirent
s’affranchir du cauchemar que leur a asséné la dénaturation de la
terre et de ses habitants.

N’est-ce pas la preuve que la vie est indestructible ? N’est-ce pas
sur cette évidence que se brisent dans le même ressac les mensonges
d’en haut et les dénonciations d’en bas ? (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Peuples-du-monde-encore-un-effort

** Tous(se) aux machines (à coudre) **
par Natalie - 8 avril 2020

Paris, le 7 avril 2020
Amis,

En ces heures fort particulières vous voudrez bien, avant tout, me
pardonner quelques élucubrations pour certaines par trop évidentes.
Il se trouve qu’en lisant des écrits récents publiés sur “la voie
du jaguar”, j’y ai perçu une sorte de dialogue entre textes et,
pour rompre la monotonie de la solitude peut-être, j’ai eu envie
d’y adjoindre le mien tricotage (la raison objective en est que,
devenue ici familière de la compagnie des vaches et, le bétail étant
régulièrement cité comme source possible de pandémie ces derniers
temps, je n’ai pu résister à l’envie de meugler quelques vues).

Or donc, chacun y va de ses vues, de ses analyses, de ses vérités,
chacune prise dans une subjectivité, une vie. Chacun y va donc
allègrement de la poursuite infinie du récit… mais pourquoi donc
écrire à l’heure qu’il est ? (les éditeurs déconfinés vont crouler
sous les manuscrits !). Eh bien car actuellement le salut passe,
d’après ce que l’on nous explique à l’envi, soit par le fait de
faire quelque chose d’utile pour les autres, soit quelque chose
qui soit solidement ancré au cœur des aspirations profondes de chacun.
(...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Tous-se-aux-machines-a-coudre

** Une corona et deux morts subites **
par Louis - 7 avril 2020

Alors que la grippe de Hongkong est passée totalement inaperçue,
ce qui se passe aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, avec le
Covid-19 interroge d’autant plus : jamais encore la moitié de la
population mondiale n’a été confinée, et jamais encore la production
mondiale n’avait été mise quasiment à l’arrêt, le tout en quelques
semaines, prenant presque absolument tout le monde de court. Relevons
tout de suite que les très rares pays qui étaient préparés à une
nouvelle pandémie — Corée, Hongkong, Taïwan… — avaient déjà été malmenés
gravement par deux autres pandémies en moins de vingt ans (SRAS de 2003
et MERS de 2015), et qu’ils n’ont évité le présent confinement
appliqué ailleurs qu’au prix d’un dépistage médical massif,
directement associé à un dépistage néopolicier tout aussi massif à
coup de Big Data. (Plus généralement, pourrait-on voir une corrélation
au fait que les pays les plus rétifs au confinement sont également ceux
qui sont aussi parmi les moins rétifs au néolibéralisme ? — je pose en
tout cas la question.)

Ce qui interroge, c’est donc ce qui pourrait expliquer cette différence
de traitement entre ce qui se passe aujourd’hui et la façon dont les
pandémies étaient traitées il y a encore quelques décennies. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Une-corona-et-deux-morts-subites


LA VOIE DU JAGUAR • informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective • lavoiedujaguar chez riseup.net • http://lavoiedujaguar.net

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