Une tribune pour les luttes

La lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le lundi 8 mars 2021

Nouveaux articles


** "Qu’est-ce que l’État ?" **
par Ernest London - 6 mars 2021

"Lorsque que s’invente et s’établit une idée comme celle d’État,
qui réussit à confondre avec le plus grand succès les notions
contraires de “peuple” et de “Gouvernement”, il se constitue ainsi
l’arme la plus puissante (qui est, comme on le voit, la plus
métaphysique) pour enfermer le peuple dans la confusion et
l’identification avec son Gouvernement et pour empêcher n’importe
quel sentiment clair d’opposition et n’importe quelle intention
d’en secouer le joug." Agustín García Calvo (1926-2012), philologue
et poète espagnol, convoque l’idée "État", "idée mensongère et réelle",
pour en explorer les contradictions, les ambiguïtés dissimulées.

Tandis qu’avec la notion de Patrie "l’amour de la terre se confondait
avec le service des Seigneurs", celle d’"État" consolide et masque
ce procédé de confusion et d’intégration. "L’État est la
culmination logique, historique et naturelle, de l’idée d’État",
fusionnant le Pouvoir et le peuple, "faisant du gouvernement et des
gouvernés une seule et même chose" : "La Démocratie, que ce soit par
la tromperie de la représentation et des élections de la voix du peuple,
ou par la dictature des opprimés et dominés, réalise historiquement le
mensonge que renferme la construction même de son vocable."

"Il n’y a pas de Pouvoir sans nécessité de justification et, donc,
comme disent les politiciens, d’idéologie, d’autant plus efficace et
puissante qu’elle est plus abstraite et métaphysique, et par conséquent
plus difficile à dénoncer et plus facilement dissimulable aux yeux du
peuple (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Qu-est-ce-que-l-Etat


** Crises et métamorphoses sociétales **
par Louis de Colmar - 5 mars 2021

Qu’est-ce qu’une crise ? Une discordance institutionnelle,
structurelle, une incapacité des structures organisationnelles à
rester en phase avec une problématique nouvelle, originale, inconnue,
qui ne rentre pas, ou que partiellement, dans les cases préétablies
de ce qui passait pour la normalité.

Si l’histoire des humains ne s’inscrit pas, ne peut plus s’inscrire
dans une téléologie, cela signifie nécessairement que l’articulation
entre différentes sociétés relève du non-nécessaire, qu’il faille y
faire intervenir une part d’aléatoire, en tout cas une rupture de
paradigme : une société qui prend la suite d’une autre est
nécessairement une réponse à une crise existentielle de la première,
crise que cette société première n’a pas été en mesure de résoudre,
et même de percevoir correctement, avec les armes de sa culture
historique spécifique.

La crise de la société a en partie pour origine, ou du moins s’inscrit
dans une crise du récit, qui laisse sur le bas-côté de la route une
partie de plus en plus significative de la société, en particulier
parce que la société est devenue de fait un melting-pot culturel, un
bouillon de racines planétaires interconnectées, est tendue par une
créolisation souterraine… La réalité du présent est entrée en
contradiction avec son histoire, son histoire ne rendant plus compte
du présent (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Crises-et-metamorphoses-societales


** Notes anthropologiques (LVI) **
par Georges Lapierre - 2 mars 2021

Dans une brève récapitulation des événements marquant notre
civilisation et qui se trouvent à l’origine de notre histoire, je
retiendrai la division de la société entre dominants (formant une
classe sociale) et dominés (constituant la population ou le "peuple"
comme l’écrit Homère) ; la naissance du religieux, lié au pouvoir
d’une partie de la société sur l’autre partie (en ce sens le pouvoir
est religieux, la naissance de la religion coïncidant avec celle du
pouvoir) ; enfin, la naissance de l’activité marchande comme moteur
occulte de la vie sociale (le marchand, l’âme damnée du guerrier).
La naissance de l’État et de la monnaie confirme cette connivence
qui se voudrait cachée entre le pouvoir, le religieux et l’activité
marchande — "le fait même d’accepter la monnaie d’une cité ou, plus
généralement d’un État, impliquant la reconnaissance de son autorité".

La pénétration, lente, progressive et parfois brutale, à l’intérieur
de la Péninsule d’un peuple de langue grecque. Langue indo-européenne,
venu du Nord ou du Nord-Est, les Achéens, et dominant les populations
autochtones marque le début de notre civilisation. Il y eut plusieurs
vagues successives à partir du Bronze ancien, une des premières marquée
par des destructions et repérées, de ce fait, par les archéologues date
de 2200 avant notre ère. Les historiens ont fait de cette date le point
de départ de la civilisation grecque marquée avant tout par la
domination d’une aristocratie guerrière issue du peuple achéen sur les
peuples autochtones où "plutôt qu’un monde pauvre, il faut y voir le
signe d’un monde de communautés soudées et égalitaires — l’un
n’empêchant pas forcément l’autre". (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LVI


** La lutte des femmes contre le féminicide au Mexique **
par Alejandra López Lujano - 27 février 2021

Au Mexique, dix femmes sont assassinées chaque jour selon des scénarios
de violence toujours plus indescriptibles. La violence patriarcale qui
pèse sur nos corps a pris un nom dans le contexte latino-américain
lorsque diverses militantes et universitaires ont décidé de "désigner
les raisons patriarcales pour lesquelles les femmes sont assassinées par
des hommes". Marcela Lagarde, anthropologue mexicaine, a introduit le
terme de féminicide au Mexique en reprenant les contributions théoriques
de Diana Russell et de Jid Radford dans son texte "Femicide. The
Politics of Woman Killing". Lagarde a décidé de traduire le terme
fémicide par "féminicide", en le définissant comme un génocide contre
les femmes qui se produit "lorsque les conditions historiques génèrent
des pratiques sociales qui permettent des atteintes à l’intégrité, à la
santé, aux libertés et à la vie des femmes", cet acte étant l’acmé de la
spirale de la violence féminicide.

Non seulement le contexte du féminicide que Marcela Lagarde a décrit
dans ses différents articles depuis 1994 ne s’est pas amélioré, mais
il se multiplie aujourd’hui, générant une immense douleur qui devient
une digne rage de milliers de femmes qui ont décidé de descendre dans
la rue pour pousser le cri désespéré de "¡Ni una más !" [Pas une de
plus !]. Celles d’entre nous qui ont porté notre douleur dans la rue
sont avant tout des jeunes femmes, mais ce sont aussi les milliers de
mères qui marchent dans ce pays à la recherche de la vérité et de la
justice pour leurs filles, pour les filles qui leur ont été enlevées
et pour lesquelles elles ont décidé de se battre jusqu’à ce que ce
slogan devienne une promesse pour toutes les femmes. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/La-lutte-des-femmes-contre-le-feminicide-au-Mexique


** 17 avril 2021
Nouvel appel à agir
contre la réintoxication du monde **

par Agir 17 - 25 février 2021

Après les vagues d’actions des 17 juin et 17 novembre 2020, une
constellation de syndicalistes, paysan·ne·s, ZAD, associations,
territoires en luttes, espaces autogérés, coopératives ont décidé
d’un appel commun pour le 17 avril 2021. Plus d’une centaine de
collectifs des quatre coins du pays sont ainsi déjà engagés dans une
nouvelle vague d’actions, blocages, rassemblements et occupations
contre des lieux de production, chantiers, projets et infrastructures
toxiques. Voici leur appel et la liste des premiers signataires.

En mai dernier, à la sortie du premier confinement, alors que la
machine économique et productiviste se réemballait de plus belle,
un appel à agir contre la réintoxication du monde a été lancé et suivi
par des dizaines de groupes à travers le pays. Le 17 juin, plus de
70 actions, occupations, blocages se sont déployés simultanément.
Depuis, des collectifs se sont constitués, des résistances, un temps
en pause, se sont réveillées, des projets destructeurs ont été arrêtés.
Cette journée a matérialisé un rebond des luttes de terrain face à
l’expansion dramatique de la crise écologique et au cynisme patent de
"nos dirigeants". De nouveau le 17 novembre dernier, malgré les
obstacles et interdictions, des mobilisations aux quatre coins du pays
sont parvenues à percer les murs du confinement.

Une constellation de collectifs impliqués dans la "dynamique des 17",
réunie le 20 janvier dernier, a décidé d’un appel commun à une
nouvelle journée d’actions le samedi 17 avril. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/17-avril-2021-Nouvel-appel-a-agir-contre-la-reintoxication-du-monde


** "Basculements
Mondes émergents, possibles désirables" **

par Ernest London - 24 février 2021

Dénonçant la notion d’effondrement, qui dépolitise les enjeux en
postulant une trajectoire unique et comme jouée d’avance, Jérôme
Baschet, qui a enseigné à l’Universidad Autonoma de Chiapas, à San
Cristóbal de Las Casas, propose celle de "basculements" qui fait
place, au contraire, à l’imprévisibilité croissante de notre temps
et au rôle central de la mobilisation politique. Alors qu’"un
microscopique fragment de l’à peine-vivant" a provoqué "la
paralysie d’une machinerie aussi ample et ramifiée que l’économie
mondiale", supposant la reproduction d’autres crises systémiques du
capitalisme, il esquisse plusieurs scénarios, dont celui d’une
ouverture des possibles qui nous engagerait vers des manières de
vivre échappant aux logiques du système-monde capitaliste.

Il tente, tout d’abord, de cerner les tendances principales que la crise
du coronavirus a pu induire, amplifier ou affecter significativement :
accélération de la numérisation généralisée ; modification des
équilibres géostratégiques, confirmant l’effritement de
l’hégémonie états-unienne et la montée en puissance de la Chine ;
reconfiguration des circuits de la globalisation, notamment avec un
mouvement de relocalisations productives dans un souci de souveraineté
plutôt que dans une perspective écologique ; interventionnisme accru de
l’État dont on attend une réponse face à la pandémie, que l’on
critique ses manquements ou l’excès des mesures d’exception. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Basculements-Mondes-emergents-possibles-desirables


** Une ZAD au "cœur de la bête" **
par Anselm Jappe - 23 février 2021

Malgré tout, quelque chose s’est amélioré dans la vie sociale et
politique au cours des dernières décennies. Ceux qui veulent vraiment
changer les choses ont définitivement abandonné l’illusion qu’on
puisse obtenir des résultats sérieux en participant aux élections, aux
gouvernements, aux commissions éthiques, aux conventions citoyennes,
aux pétitions. Même lorsque des partis écologistes ou de la gauche
"radicale" ont participé, où que ce soit dans le monde, à des
gouvernements, ils n’ont réalisé pratiquement aucune avancée sur le
plan social ou écologique.

Tandis que tout semble bloqué face aux "majorités silencieuses"
toujours d’accord avec les gouvernants, on a assisté à une floraison
d’actes pratiques : empêcher une détérioration du monde, pour petite
que soit l’échelle, a des effets réels. Et dans ce domaine, le taux de
réussite semble nettement à la hausse : rien que pour parler de la
France, les luttes ont fini par gagner à Notre-Dame-des-Landes, à Center
Parcs, en ce qui concerne le nouveau terminal de Roissy, le Triangle de
Gonesse près de Paris (Europacity), le barrage de Siven, les entrepôts
d’Amazon, etc. Souvent c’étaient des ZAD ("zones à défendre")
prolongées qui ont empêché la réalisation de ces "grands projets
inutiles". Et ce qui est peut-être encore plus remarquable est la peur
qui s’est visiblement emparée des "décideurs" et "aménageurs" (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Une-ZAD-au-coeur-de-la-bete

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