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La lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le mardi 26 janvier 2021

Nouveaux articles

** Lettre à Piero… d’ici et d’ailleurs **
par Jacques Philipponneau - 22 janvier 2021

Mon cher Piero, je reprends cette lettre abandonnée depuis plus
de deux mois car le naufrage a pris une tournure grandiose après ce
torpillage viral inattendu, loin de la légèreté de mes derniers
propos. On s’abstiendra du "je vous l’avais bien dit" si courant,
puisque tant de voix l’avaient clamé de diverses manières et depuis
si longtemps. Et l’on s’évitera ainsi l’odieux de la vanité
prémonitoire devant les immenses souffrances qui ne font que
commencer.

Laissons aussi de côté ce que tout le monde croit savoir maintenant
sur la responsabilité systémique d’un mode de production invasif dans
l’origine et la diffusion fulgurante de ce virus ou sur l’incapacité
générale des États à faire face à leurs Frankenstein, échappés
d’une forêt ou d’un laboratoire : si vous avez aimé les virus
tropicaux, vous adorerez ceux de la fonte du permafrost.

Et c’est désormais tout un chacun sur cette planète qui vit ou meurt
au croisement d’insondables mystères. Les insinuations simultanées des
États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France au début avril sur
la dissimulation chinoise quant à l’origine du virus peuvent très bien
être un leurre servant à les dédouaner de leur propre gestion
catastrophique de l’épidémie. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/Lettre-a-Piero-d-ici-et-d-ailleurs

** "L’Œil de l’État
Moderniser, uniformiser, détruire" **

par Ernest London - 19 janvier 2021

Dans son soucis d’accroître la lisibilité et la simplification
de manière à faciliter la levée de l’impôt, la conscription et
la prévention des révoltes, l’État, dans l’Europe du début de
l’ère moderne, s’est appliqué "à rationaliser et standardiser ce qui
n’était auparavant qu’une sorte de hiéroglyphe social" (la langue,
les noms de famille, les unités de mesure, les villes et les transports,
les propriétés, les registres de population et les cadastres, etc.).
James C. Scott étudie les logiques bureaucratiques et scientifiques
de projets "haut-modernistes" choisis parmi un vaste champ d’exemple
de cette "ingénierie sociale", de la foresterie scientifique à
l’urbanisme planifié de Le Corbusier, en passant par la planification
autoritaire en Tanzanie et la collectivisation de l’agriculture
soviétique. Tous ont échoué. À l’encontre de ces "approches
autoritaires centralisées et surplombantes", il défend le rôle de
formes de savoirs pratiques qu’il nomme "mētis".

Il présente l’invention de la sylviculture en Prusse et Saxe à la
fin du XVIIIe siècle, "comme métaphore de formes de savoir et de
manipulation caractéristiques d’institutions puissantes et aux
intérêts bien définis, parmi lesquelles les bureaucraties d’État et
les grandes entreprises commerciales sont peut-être les exemples les
plus significatifs". En réduisant la forêt à son rendement des recettes
de bois pouvant être extraites chaque année était occulté tout ce qui
ne rapportait pas un revenu (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/L-OEil-de-l-Etat-Moderniser-uniformiser-detruire

** "La Grande Transformation" (XIII) **
par Georges Lapierre - 16 janvier 2021

Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
"La Grande Transformation" (à suivre)

La question sociale que traite Karl Polanyi se trouve dans
l’effectivité d’une pensée (appelons-la la pensée de l’État)
qui, sous la forme objective qu’elle a prise (c’est l’argent),
met l’humain (la subjectivité ou la vie sociale) à son service.
Notre pensée de l’échange s’est à ce point libérée de notre
subjectivité sur laquelle reposait jusqu’à présent notre vie
sociale qu’elle nous domine entièrement. Elle nous a réduits
à n’être plus qu’une pure apparence de l’humain. C’est de la
science-fiction : l’homme entièrement au service de sa propre
pensée, pensée qui lui a échappé et qui le domine. Notre réalité
n’est plus qu’une apparence de l’être ; et cette pensée de l’échange
portée par l’argent, dans sa machinerie qui nous échappe totalement,
s’acharne à détruire notre apparence de réalité. Nous disons qu’elle
détruit la nature alors que c’est bien nous comme pure apparence de
l’humain qu’elle réduit et détruit sans relâche. Nous connaissons dans
notre chair et dans nos os, dans les profondeurs les plus intimes de
notre être le paradoxe que représente la pensée comme aliénation de
la pensée.

Les gouvernements cherchent à résoudre ce paradoxe qu’ils ont
eux-mêmes contribué à créer en maintenant la société, qui repose
sur le don, dans la totale dépendance de ce qui lui est contraire,
l’activité marchande. (...)
- https://www.lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-XIII

** Production **
par Jean Robert - 15 janvier 2021

Don Bartolo habite une masure derrière ma maison. Comme beaucoup
d’autres personnes déplacées, c’est un intrus, un "envahisseur"
ou un "parachutiste", comme on dit au Mexique. Avec du carton,
des bouts de plastique et de la tôle ondulée, il a édifié une cabane
dans un terrain au propriétaire absent. S’il a de la chance, un jour
il construira en dur et couronnera les murs d’un toit d’amiante-ciment
ou de tôle. Derrière sa demeure, il y a un terrain vague que son
propriétaire lui permet de cultiver. Don Bartolo y a établi une milpa :
un champ de maïs ensemencé juste au début de la saison des pluies afin
qu’il puisse donner une récolte sans irrigation. Dans la perspective
de l’homme moderne, l’action de Bartolo peut paraître profondément
anachronique.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Mexique, comme le reste
du "Tiers-Monde", fut envahi par l’idée du développement. La
popularité de ce concept doit beaucoup au président Harry Truman, qui
en fit l’axe politique de son discours de prise de pouvoir en 1949.
Selon Truman, la politique du développement consiste à "appuyer tous
les peuples libres dans leurs efforts pour augmenter la production
d’aliments, de textiles pour l’habillement et de matériaux de
construction de maisons, ainsi que celle de nouvelles forces motrices
pour alléger leur effort physique". Il ajoutait que "la clé du
développement est la croissance de la production et la clé de celle-ci,
l’application ample et vigoureuse des connaissances scientifiques et
techniques".
- https://www.lavoiedujaguar.net/Production


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