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la lettre d’information du site "la voie du jaguar"

Cette lettre recense les nouveautés publiées depuis 14 jours

Article mis en ligne le dimanche 18 avril 2021

Nouveaux articles


** L’assemblée ouverte de la colline de Strefi
Récit d’une mobilisation athénienne naissante (II) **

17 avril, par Luz Belirsiz

Ce texte fait suite à "Naissance d’une mobilisation athénienne.
L’assemblée ouverte de la colline de Strefi".

Ce dimanche 28 février à midi, en arrivant en haut des escaliers qui,
au bout de notre rue, débouchent sur le flanc nord de Strefi, où nous
rejoignons l’un des six points de rendez-vous répartis autour de la
colline, légère surprise : non seulement le ciel est gris, mais un vent
d’est, d’un froid piquant, souffle violemment. J’aurais dû mieux fixer
ma pancarte de carton sur son manche de bambou : tournoyant comme une
robuste rose des vents, elle distribue d’agressives claques ! Et puis
fichtre ! Brrrrr… on aurait dû mettre une petite laine, ça caille.
D’autant plus qu’au vu du peu de monde présent au point de rendez-vous
le plus proche de chez nous, sur le grand toit-terrasse du terrain
couvert où s’entraîne Asteras, rue Pulcherias, on va probablement devoir
poireauter un bout de temps avant que ne se concrétise, si on y
parvient, l’encerclement symbolique de la colline, première "action"
sur le Lofos Strefi.

(Pour rappel, au début du mois, la première action de mobilisation à
l’appel de l’assemblée naissante avait rassemblé quelque trois cents
personnes devant la mairie d’Athènes un mercredi à l’heure du conseil
municipal. Bien qu’entre-temps nous eûmes appris qu’il se déroulait en
ligne. Il fallait néanmoins manifester notre mécontentement : la mairie
venait de voter une résolution confiant à l’entreprise immobilière
Prodea — véreuse, mais en l’occurrence c’est accessoire — la réalisation
d’études préliminaires — estimées par Prodea à un million d’euros, mais
gracieusement offertes à la municipalité — en vue du réaménagement de
la colline.) (...)
- https://lavoiedujaguar.net/L-assemblee-ouverte-de-la-colline-de-Strefi-Recit-d-une-mobilisation-athenienne


** Notes anthropologiques (LIX) **
16 avril, par Georges Lapierre

La civilisation de l’argent opposée à la civilisation du don

À la fin des notes anthropologiques précédentes, j’en étais arrivé en
conclusion à la reconnaissance de deux modes de vie sociale, un mode
reposant sur le don, l’autre reposant sur l’argent. Ces deux modes de
vie en société sont, tous les deux, l’expression de la pensée, l’un est
la réalisation de la pensée en tant que pensée non aliénée, l’autre, la
réalisation de la pensée comme aliénation de la pensée. Je me montrais
moins optimiste que Hegel ou que Marx en me disant que la non-aliénation
de la pensée ne pouvait pas se présenter comme un aboutissement de
l’aliénation. Nous retrouvons cette idée d’une fin glorieuse de
l’aliénation dans la non-aliénation, comme un fleuve débouchant dans
la mer, au centre des religions monothéistes, juive, chrétienne et
musulmane, toutefois ces religions ont l’intelligence de présenter cette
fin glorieuse de l’aliénation dans le giron de la pensée subjective
comme un au-delà dont elles garderaient la nostalgie. Les mouvements
millénaristes ont pris au mot ces religions de l’au-delà en cherchant
à réaliser sur terre le paradis qu’elles ne pouvaient promettre que
dans l’au-delà d’une nostalgie.

La plus abjecte "nostalgie" dérobe la "nostalgie du paradis", a écrit
Mircea Eliade en avant-propos de son livre "Images et symboles", dans
lequel l’auteur se livre à la fois à une critique du positivisme et
de la psychanalyse selon Freud pour retrouver derrière l’homme
d’aujourd’hui l’importance occulte des mythes dont celui du paradis
(...)
- https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LIX


** La crise de la vérité **
14 avril, par Johannes Vogele

L’action ne se passe nulle part, c’est-à-dire dans le monde réel.
L’année 2020 n’a pas seulement été celle de la redécouverte de la
pandémie, mais aussi un grand festival de théories du complot, dans
toutes leurs diversités et sensibilités. Non pas que ces formes
d’interprétation de la réalité soient nouvelles ; elles s’inscrivent
dans une longue histoire, ont certainement une préhistoire et sans doute
de l’avenir.

À une époque où l’idée même de vérité est déjà bien abîmée, où les
explications, les promesses et autres prévisions de la part des "sources
autorisées" ont du plomb dans l’aile et où l’idée de l’avenir est
devenue une question de croyance, le marché aux récits "alternatifs"
est devenu florissant. Puisque la vérité sortant de la bouche des
politiques, des économistes et des scientifiques a perdu le statut de la
parole de l’oracle, il s’agit de chercher ailleurs et, surprise, l’offre
dépasse tous les espoirs. De l’autre côté, l’on s’offusque : la
démocratie, la science sont attaquées et comme un seul homme, nous
devons les protéger à nos corps défendant. La critique si nécessaire de
"freedom and democracy", de l’idéologie et de la pratique dominantes,
éveille aujourd’hui le soupçon de conspiration contre la sécurité de
l’État et de la société. Et nous voilà enfermé·e·s à nouveau dans la
binarité caractérisant toute la modernité capitaliste : démocratie ou
dictature, Bien ou Mal, les Lumières ou l’obscurité. Ce texte tente de
comprendre sur quel terrain commun ces ennemi·e·s juré·e·s se placent
et si une critique dialectique peut — sinon en finir tout de suite — au
moins déstabiliser des formes de pensée se croyant indépassables. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/La-crise-de-la-verite


** En route vers l’Europe... **
12 avril, par EZLN, SCI Moisés

Commission "Sexta" de l’EZLN. Mexique.

Sœurs, frères et compañer@s,

Ce 10 avril 2021, les compañer@s qui font partie du premier groupe de
délégué·e·s de notre "Traversée pour la vie, chapitre Europe", se sont
rassemblés dans le "Semillero Comandanta Ramona". Il s’agit de la
délégation maritime.

Au cours d’une brève cérémonie, selon nos us et coutumes, la délégation
a reçu le mandat des peuples zapatistes de porter au loin notre pensée,
c’est-à-dire notre cœur. Nos délégué·e·s emportent un grand cœur.
Non seulement pour embrasser ceux qui, sur le continent européen, se
rebellent et résistent, mais aussi pour écouter et apprendre de leurs
histoires, de leurs géographies, de leurs calendriers et de leurs façons
de faire.

Ce premier groupe restera en quarantaine pendant quinze jours, isolé
dans le "semillero", afin de s’assurer qu’ils ne sont pas infectés par
ledit Covid-19 et pour qu’ils se préparent à leur voyage en mer. Pendant
ces deux semaines, ils vivront à l’intérieur de la réplique du bateau
que nous construisons à cet effet dans le "semillero".

Le 26 avril 2021, ils partiront pour un port de la République du
Mexique. Ils y arriveront au plus tard le 30 avril et aborderont le
bateau que nous avons baptisé "La Montaña". (...)
- https://lavoiedujaguar.net/En-route-vers-l-Europe


** La maison de Dieu **
12 avril, par Miquel Amorós

Agustín García Calvo
"Qu’est-ce que l’État ?"

Agustín García Calvo est un penseur subversif véritablement original.
Ce qui, dans sa réflexion, provoque encore un grand étonnement parmi
les militants, c’est qu’elle ne parte pas de la Révolution française,
ni des communes médiévales, ni même de la guerre civile espagnole,
choses dont il n’était pas fin connaisseur, mais de bien plus loin,
du monde grec, qu’il connaissait sur le bout des doigts. Plus
concrètement, de ce moment où l’héritage de la pensée présocratique
était combattu par un savoir encyclopédique désordonné qui prétendait
expliquer et ordonner la nature et la conduite humaine dans tous leurs
aspects. Platon tenta de clore l’affaire en suggérant un ensemble de
règles rationnelles pour codifier la vie sociale ; il aboutit ainsi à
une théorie dialectique de l’État qui scandalisa notre gréco-latiniste
érudit. Pour Platon, les individus atteignaient leur plénitude dans un
État parfait, où tous accompliraient au pied de la lettre une fonction
fixée au préalable. Agustín ne pouvait pas être plus en désaccord
avec l’aberration d’après laquelle les personnes et les choses se
conformeraient peu à peu à des moules réglementaires jusqu’à ressembler
à des idées. Les idées étaient le fondement du Pouvoir ; il n’y avait
pas de Pouvoir sans idéologie. Et ainsi nous lisons dans son opuscule
"Qu’est-ce que l’État ?" qu’il qualifie l’État d’idée dominante "prête
à être utilisée comme arme", à la fois mensongère et réelle. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/La-maison-de-Dieu


** Entretien avec John Gibler
au sujet de son livre "L’Évasion d’un guérillero" **

10 avril, par John Gibler, Petul

Le 1er janvier 1994, l’Armée zapatiste attaque six villes de l’État
du Chiapas et proclame son manifeste. Après douze jours de guerre, une
trêve est déclarée. L’État et l’armée mexicaine vont désormais gérer
une situation de rébellion plus ou moins négociée. Le 28 juin 1995, la
police de l’État du Guerrero massacre dix-sept paysans, tous membres
d’un syndicat particulièrement teigneux, l’Organisation paysanne de la
Sierra du Sud, au gué d’Aguas Blancas. Un an, jour pour jour, plus tard
et au même endroit, un nouveau groupe armé fait irruption en public et
lit son manifeste écrit en espagnol et nahua. C’est l’Armée populaire
révolutionnaire (EPR). Elle n’entre au combat que le 16 juillet suivant
en attaquant l’armée fédérale.

Le 25 octobre 1996, l’EPR a invité plusieurs journalistes locaux à
une entrevue à Zumpango del Río (Guerrero). Des barbouzes de l’armée
interceptent les journalistes et enlèvent un de leurs jeunes guides,
Andrés Tzompaxtle Tecpile. C’est l’histoire de sa disparition, de son
calvaire et de son évasion inespérée que raconte John Gibler dans son
ouvrage "L’Évasion d’un guérillero. Écrire la violence". Au-delà d’un
témoignage cauchemardesque, c’est toute la stratégie de la terreur
d’État qui est narrée à travers les entretiens avec Andrés Tzompaxtle et
divers autres protagonistes. Et comme ce thème est à la fois particulier
et, de Guantanamo à Damas, terriblement universel, voilà pour Gibler
l’occasion de questionner sa pratique, son écriture. Comment rendre
compte de l’indicible ? (...)
- https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-John-Gibler-au-sujet-de-son-livre-L-Evasion-d-un-guerillero


** La Commune de Paris au Mexique **
7 avril, par Carlos Illades

La Commune de Paris a eu un retentissement sous diverses latitudes de
la planète et l’Amérique latine n’a pas été l’exception. Au Mexique,
les idéaux de Plotino Constantino Rhodakanaty ainsi que les soulèvements
indigènes qu’ils ont inspirés portent la marque des "communards".

Manuel María Madiedo (Colombie), Francisco Bilbao (Chili), Casimiro
Corral (Bolivie), José Ignacio Abreu e Lima (Brésil), Esteban Echeverría
(Argentine), Plotino Constantino Rhodakanaty et Nicolás Pizarro
(Mexique) ont formé la première génération du socialisme latino-
américain, tributaire des révolutions romantiques européennes.
L’harmonie sociale, la solution de la question sociale, le droit au
travail et la démocratie effective font partie de son corpus doctrinal.
En Amérique latine, ce sont des sociétés de secours mutuel, des clubs
politiques, des communautés idéales, des sociétés secrètes, des écoles
et des partis qui surgissent sous l’influence socialiste, et
s’introduisent en tiers dans le débat politique dominé localement
par le conservatisme et le libéralisme.

La Commune de Paris a repris les revendications de 1848, actualisées
par le blanquisme, le communisme et l’anarchisme. L’autogouvernement,
la citoyenneté en armes, l’égalité radicale, le fédéralisme communal
et la république démocratique et sociale allaient renforcer les idéaux
socialistes. Et ces idéaux ont donné un nouvel éclat au socialisme
latino-américain.

C’est ainsi que le 20 mars 1871 — c’est-à-dire deux jours après la
proclamation de la Commune — l’homéopathe grec Plotino Rhodakanaty fonde
à Mexico "La Social", organisme qui cherche à régénérer la société au
moyen du travail, de la vertu et de la beauté. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/La-Commune-de-Paris-au-Mexique


** Dialectique, approches et questionnements **
5 avril, par Louis de Colmar

Qu’est-ce que la dialectique ? Je ne dirais pas que c’est la capacité
de penser deux choses opposées et de décider : ce serait, au contraire,
décider que la façon particulière qui permet d’appréhender une
problématique, une réalité, etc. à travers une opposition donnée et
historiquement constituée est devenu une impasse. Précisément donc, la
question dialectique se pose lorsque les termes d’une opposition qui
permettaient jusqu’alors de comprendre une problématique, une réalité,
etc. deviennent non significatifs, non opérationnels, non manipulables,
et conduisent à des impasses, quelles que soient les manières de
tricoter et détricoter les éléments contradictoires.

La question dialectique intervient lorsque qu’une logique donnée,
construite, établie, instituée, ne rend plus compte du réel (alors
qu’elle a effectivement été en mesure de le faire jusque-là), et
qu’il faille changer de logique pour rétablir un lien avec une réalité
reconstruite sur des bases nouvelles (bases nouvelles qui ne sont pas
visibles, pas perceptibles, pas rationalisables, etc., dans le contexte
de cette première logique, rationalité, etc.). Cette question
dialectique est ainsi relativement bien illustrée par le concept de
changement de paradigme dans l’approche de Kuhn, ou encore à travers
la problématique des structures dissipatives de Prigogine. (...)
- https://lavoiedujaguar.net/Dialectique-approches-et-questionnements


LA VOIE DU JAGUAR • informations et correspondance pour l’autonomie individuelle et collective • lavoiedujaguar chez riseup.net • http://lavoiedujaguar.net

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