Une tribune pour les luttes

communiqué d’avril : brèves, un message de Mumia et un entretien, le point juridique, etc

MUMIA ABU-JAMAL : RASSEMBLEMENT Lundi 24 Avril 2006 à 18 h

bâptème à 19 h 30 du Bd MUMIA ABU-JAMAL - CONSULAT DES ÉTATS-UNIS - Bd Paul Peytral (métro Préfecture)

Article mis en ligne le mardi 18 avril 2006

Comité de Soutien à Mumia Abu-Jamal de Marseille
Tél./ Fax 04 91 42 98 47
mumia.marseille chez free.fr

Communiqué d’avril

24 avril 2006.pdf


en fichier joint
et ci-dessous

Marseille, le 14 avril 2006

Cher-e-s ami-e-s,

Depuis notre envoi de novembre 2005, la situation judiciaire de Mumia Abu-Jamal n’a pasévolué.

Vous trouverez avec quelques brèves,
- un message de Mumia,
- le point juridique par Maître Bryan,
- un entretien exclusif avec le condamné, recueillis depuis sa cellule par Emmanuel Maistre pour « Ensemble Contre la Peine de Mort »
- et bien sûr l’annonce pour notre rassemblement car, comme chaque année depuis 1996 à la date anniversaire de Mumia,
nous rebâptisons symboliquement le Boulevard Paul Peytral.

Nous nous retrouverons donc :

Lundi 24 avril 2005

A partir de 18 heures (bâptème à 19 h 30)

Consulat des Etats-Unis,

Bd Paul Peytral, Marseille 6ème

(métro Préfecture)

***

Rue Mumia Abu-Jamal.

La 1ère rue Mumia Abu Jamal sera inaugurée à Saint-Denis le samedi 29 avril 2006.
À l’initiative du Comité Mumia local et de la municipalité de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis-93), une rue portant le nom du condamné à mort afro-américain sera officiellement inauguré le 29 avril prochain. Avec la présence d’une délégation américaine.

***

We want freedom.

Le dernier livre de Mumia Abu-Jamal, We want freedom : A Life in the Black Panther Party sort en français, sous le titre : We want freedom, une vie dans le parti des Black Panthers - Editions Le Temps des Cerises, 15 euros.

***

Fête de l’Humanité.

Le comité à la Fête de l’Humanité PACA.

Le 20 mai prochain à Marseille, de midi à minuit au Parc Chanot se tiendra la fête de l’humanité.

Débats, tables rondes, stands associatifs, concerts etc., le programme final ne nous a pas encore été communiqué

Le comité à été invité à y participer et tiendra un stand d’infos. En échange nous nous sommes engagés à vendre des billets d’entrée ; vous pouvez donc déjà prendre des places
auprès du comité au prix de 12 euros l’entrée au lieu de 15 euros sur place. Soit par courrier ou lors du rassemblement du 24 avril. Chèques à l’ordre de L’Humanité.

***

Mumia Abu-Jamal s’adresse à ses soutiens :
On’a Move (en avant !)

Ceci est juste un petit mot à l’adresse de vous tous, ainsi que mes plus sincères remerciements. À vous qui, de tous les coins du globe et de tant de pays, par centaines,
par milliers, par dizaines de milliers, êtes rassemblés pour protester, défiler...

Bravo et merci. C’est votre soutien généreux et militant qui me guide. Voilà pourquoi nous n’en resterons pas là. Le combat pour la vie et la liberté continue, envers et contre tout.

Pendant que nous nous battons, toutes les injustices réapparaissent... Toutes les injustices persistent. Mais, avec votre aide, nous allons continuer à nous battre tous ensemble pour gagner.

Thank you !

Mumia Abu-Jamal depuis le couloir de la mort,
SCI Greene, Waynesburg, Pennsylvanie,
États-Unis

L’humanité, Article paru dans l’édition du 4 février 2006

***

Une situation judiciaire inédite

Par Me Robert Bryan,
avocat principal en charge de la défense de Mumia Abu-Jamal.

Le mois dernier, la Cour d’appel fédérale des États-Unis (Cour de 3e circuit de Philadelphie) a rendu un jugement décisif concernant mon client, Mumia Abu-Jamal. C’est la décision la plus importante depuis son arrestation, il y a un quart de siècle. C’est, en effet, la première fois qu’un tribunal, qu’il soit d’État ou fédéral, rend un arrêt qui puisse conduire à un nouveau procès et donc à la libération de Mumia.

La Cour a accepté de prendre en compte les arguments relevant de la loi fédérale sur l’habeas corpus et d’autres points que nous avons présentés dans nos recours successifs.

Ce sont tous des arguments constitutionnels fondamentaux : le droit à un procès équitable, à l’application des droits constitutionnels garantis par les 5e, 6e et 14e amendements à la Constitution des États-Unis d’Amérique. En réponse à la demande de la Cour, je viens de déposer un mémoire qui se résume en trois points :
L’accusation n’a pas respecté les droits de l’accusé dans les conclusions présentées à la Cour en affirmant que le condamné aurait droit à des procédures d’appel à répétition, ce qui a conduit les jurés à prononcer la sentence de mort sans tenir compte de « la présomption d’innocence et de doute raisonnable » ;
Il y a eu abus de droit à récuser un très grand nombre de jurés (particulièrement les Afro-Américains) auquel il faut ajouter les critères racistes qui ont entaché toutes les procédures juridiques depuis l’arrestation de Mumia en 1981, situation qui perdure encore aujourd’hui ;
Le juge Sabo, présidant le procès, a eu un comportement inqualifiable à l’exemple des propos qu’il a tenus lors d’une suspension de séance (selon une greffière courageuse qui les a rapportés) : « Je vais les aider à faire griller ce Nègre. »

Tout ceci est une avancée considérable et récompense nos efforts pour assurer à Mumia un nouveau procès équitable.

Notre objectif est de gagner ce combat pour la vie, contre la sentence de mort. Nous voulons voir Mumia quitter la prison en homme libre.

C’est sa vie qui se joue en ce moment. Si nous devions perdre, il serait exécuté.

Traduction de Claude Guillaumaud-Pujol
L’Humanité - Article paru dans l’édition du 4 février 2006


Mumia Abu-Jamal

« J’ai besoin de vous ! »

www.abolition.fr

Le plus célèbre des condamnés à mort américains, citoyen d’honneur de la ville de Paris, nous livre, de sa cellule du couloir de la mort de la Prison de SCI-Greene en Pennsylvanie, un peu de son quotidien et beaucoup de son regard sur le monde. Vingt-trois années d’enfermement n’ont pas entamé sa détermination à le changer.
Entretien exclusif

ECPM : En France, vous êtes l’un des condamnés à mort américains les plus connus, une large part de l’opinion
française suit votre affaire et ses rebondissements au fil des années. Pour nous, militants des droits de l’homme vous nous êtes devenu familier, comme proche. Cela peut paraître incongru, mais j’ai envie de commencer cet entretien en vous posant cette simple question : comment allez vous Mumia Abu-Jamal ?

Mumia Abu-Jamal : Tout bien considéré, pas mal. Je m’occupe : travaux d’écriture, courrier, lecture...

ECPM : A quoi ressemblent vos journées ?

Mumia Abu-Jamal : Je me lève tôt (6 heures), je prends mon petit déjeuner et me rends dans la cour (en réalité la cage) pour quelques heures. Les activités quotidiennes constituent le coeur même de la prison ; je m’efforce de varier ces activités et de ne pas m’enfoncer dans la routine. J’ai toujours beaucoup à faire et il arrive que toutes les heures de la journée n’y suffisent pas. Je lis probablement beaucoup plus aujourd’hui qu’à l’époque où j’étais étudiant - j’en suis quasi-certain. En ce temps-là, si je voyais un livre de 700 à 1000 pages, je poussais un gémissement ; cela ne m’arrive plus. Sinon, nos journées sont essentiellement rythmées par les repas. On déjeune vers 9h45 environ (c’est tôt ! ! !) et le dîner vient à 15h 45 (! ! !).

ECPM : Et votre cellule ?

Mumia Abu-Jamal : Les cellules sont dans l’ensemble petites, mais il est vrai que les cellules de la prison
"générale" sont encombrées, avec deux occupants dans un espace prévu pour une seule personne. Ce n’est pas
(encore) le cas pour les cellules du couloir de la mort.

ECPM : Beaucoup de condamnés à mort américains se plaignent d’une détérioration des conditions de détention ces deux dernières années, faites vous le même constat ?

Mumia Abu-Jamal : Je crois - d’après ce que j’ai vu et entendu - que les conditions en prison ont empiré ces
derniers temps, elles se sont durcies.
Parmi les nombreuses raisons possibles, on peut citer en particulier ce qu’on appelle l’Acte de réforme des contentieux en prison (Prison Litigation Reform Act, PLRA), qui a été mis en place sous la présidence de Clinton, ainsi que d’autres lois des États qui ont limité l’accès des détenu(e)s aux Cours.
Le plus scandaleux est que PLRA et ces autres lois sont fondés sur des mensonges. Au cours des années 90, les procureurs généraux de divers États ont entamé une campagne médiatique contre ce qu’ils appelaient les « réclamations idiotes » introduites par des détenus pour des raisons telles « Je n’ai pas reçu la commande de beurre de cacahuètes que j’avais demandée, et je considère donc avoir été lésé dans l’exercice du droit de ne pas être soumis à un traitement "inhabituel et cruel" que me reconnaît le 8ème amendement. » Les médias américains ont mis en exergue ce type d’histoires, le plus souvent sans vérifier leurs sources, et les politiciens, sous la pression des médias, ont passé des lois visant à limiter l’accès aux Cours et ont donné naissance au PLRA.
En fait, un juge fédéral de New York a vérifié plusieurs de ces récits et a trouvé qu’ils méritaient souvent d’être approfondis et que bien souvent, les faits ne correspondaient pas du tout aux histoires colportées par la presse.
Mais il était trop tard : la presse et les politiciens avaient déjà sévi. Par voie de conséquence, les prisons sont pires aujourd’hui qu’il y a 10 ans et le nombre de plaintes acceptées a chuté.
Pensez-y ! Nous avons pu voir en Iraq la monstrueuse brutalité qui règne dans certaines prisons. Est-ce pure coïncidence si le pire des gardiens de prison du goulag de Bagdad est dans le civil un gardien de prison américain de
Pennsylvanie, de SCI-Greene (prison où Mumia est enfermé, ndlr).
La distance qui sépare les prisons américaines et Abu Ghraib se mesure en pouces, pas en milles.

ECPM : Comment expliquez-vous ce durcissement ?

Mumia Abu-Jamal : Je tiens vraiment les politiciens et l’ensemble de la presse pour responsables. Voyez vous, il y a bien des années, le psychologue Philip Zimbardo a divisé un groupe d’étudiants en deux : la moitié sont devenus des "détenus", l’autre des "gardiens". En quelques jours, voire en quelques heures, les "gardiens" ont formé des cliques brutales et sinistres à l’encontre des "détenus". Le professeur Zimbardo était le "chef" de cette prison improvisée dans les caves d’un collège. Il s’agissait en quelque sorte de gosses qui jouaient des rôles, mais le jeu est vite devenu tellement réaliste que Zimbardo a dû mettre rapidement fin à l’expérience : il craignait que celle-ci n’entraînât des troubles graves et même chroniques sur le psychisme de ces étudiants !
S’il en est ainsi pour une expérience de cinq à sept jours, qu’en advient-il dans le monde réel ? C’est
Dostoïevski qui a écrit qu’une civilisation se reconnaît à la nature de ses prisons.

ECPM : Revenons à votre couloir de la mort, avez-vous des relations avec d’autres condamnés ?

Mumia Abu-Jamal : Les moyens de communication avec les gars autour de nous sont limités. Bien souvent on crie à travers les portes, mais je trouve cela dégradant. Les prisons les plus modernes du pays sont conçues pour un maximum d’isolation, ce qui veut dire qu’un homme peut vivre dans la cellule d’à coté sans que son voisin puisse le voir pendant 6 mois (ou 6 ans !!) sauf à ce que les deux se retrouvent dans les salles de parloir. Il n’y a pratiquement pas d’occasion de dialoguer.

ECPM : Cela fait pour vous vingt trois ans d’incarcération.
Comment supportez-vous l’enfermement conjugué à l’injustice ?
Qu’est ce qui vous fait tenir ?

Mumia Abu-Jamal : Je connais d’autres frères et soeurs, dont des membres de MOVE, qui ont été injustement
emprisonnés plus longtemps que moi ! Je m’inspire donc de ces personnes.
John Africa, le leader révolutionnaire de MOVE a dit : « Lorsque l’on s’est engagé à faire ce qui est bien, le pouvoir de la vertu ne trahit jamais ». Lorsque je pense à la durée durant laquelle le peuple africain était injustement confiné dans la prison de l’esclavage, pendant des siècles, j’ai une petite idée de ce que peut être la force. Mes ancêtres étaient des hommes et des femmes forts. _ Concrètement au quotidien, en tant qu’écrivain j’écris et cela m’aide beaucoup à tenir. Je suis aussi un artiste, j’envoie donc des cartes à mes amis et à ma famille pour les occasions spéciales. J’aimerais répondre à tout le courrier que je reçois, mais je ne peux tout simplement pas.
Je n’ai pas suffisamment d’enveloppes, encore moins de temps. Je fais du mieux que je peux et j’espère que les gens sont compréhensifs et me pardonnent.

ECPM : Vous êtes citoyen d’honneur de la ville de Paris, quelle importance y accordez-vous ?

Mumia Abu-Jamal : C’est un grand honneur. Je me souviens du jour où ma soeur me l’a annoncé. J’ai pensé
« Wow ! Ça doit ressembler à ça d’être un "citoyen", car je n’ai jamais eu le même sentiment même après 50 ans de vie aux États-Unis ! ». Lorsque j’analyse cette vie, de mon enfance jusqu’à ce jour, je n’ai jamais eu le sentiment d’être un vrai "citoyen" de mon pays natal. J’ai voté, bien entendu, j’ai payé mes impôts. Mais le gouvernement, pendant la plupart de mon existence était un adversaire qui tuait mes camarades politiques, qui tuait mon peuple par la vie dans les ghettos, par une mauvaise alimentation, des flics racistes, des juges racistes, une scolarité médiocre...
Ça m’a pris 50 ans, et la vie dans le couloir de la mort, pour devenir enfin un citoyen - d’un autre pays ! Je remercie les habitants de Paris, et de la France, pour cet honneur.

ECPM : En France, le mouvement de soutien à votre libération est particulièrement dynamique et investi,
comment l’expliquez-vous ?

Mumia Abu-Jamal : Je pense que la France, dans ce domaine, possède beaucoup d’avance sur son cousin
américain. Je me demande souvent pourquoi il en est ainsi. _ Et je pense qu’au bout du compte, c’est la façon dont la France et les USA regardent leur fondation révolutionnaire et les principes exposés dans les articles de leur fondation.
Lorsque la Constitution des États-Unis a été écrite, les Noirs ont été implicitement exclus, et ce pendant plus de 100 ans. Lorsque les Américains pensent à la révolution, la Constitution, les Fondateurs, il y a toujours des gens qui sont exclus. La Révolution, la Constitution, Georges Washington deviennent d’abord des fétiches, puis de la marchandise qui peut être vendue ou colportée pour gagner de l’argent, certainement pas des principes directeurs inviolables par des riches et puissants.
Je pense qu’en France, la Déclaration des Droits de l’Homme et la Révolution qui l’a enfantée sont plus profondément ancrées dans les vies et dans l’esprit des
gens. Voilà pourquoi la France est devenue l’asile des rebelles et l’Amérique, la maison de retraite des
dictateurs. Combien de gens qui fuient les dictateurs de l’Asie, de l’Afrique et d’ailleurs trouvent refuge en
France ? Lorsque les réfugiés haïtiens arrivent en Amérique, soit ils sont enfermés dans la Krome Detention
Center à Miami ou renvoyés en Haïti (d’un côté, c’est mieux qu’autrefois où ils étaient emprisonnés à Guantanamo ! Mais ils les ont foutus dehors pour laisser la place aux Afghans, aux Saoudiens, Égyptiens...).

ECPM : De quoi avez-vous besoin aujourd’hui ?

Mumia Abu-Jamal : J’ai besoin de monde pour organiser et construire un mouvement plus grand et plus fort.
Un simple citoyen français peut parler à un autre citoyen et ainsi de suite. Ils peuvent devenir membres de nos
comités de défense et construire le mouvement. S’ils deviennent assez puissants, ces mouvements peuvent
amener le changement !

ECPM : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux abolitionnistes ?

Mumia Abu-Jamal : Merci de faire partie du mouvement abolitionniste. Votre travail est très important, non
seulement pour moi, mais pour des milliers d’hommes et de femmes dans les couloirs de la mort à travers les
États-Unis et partout dans le monde ! Merci mes amis !
Votre frère (en français dans le texte, ndltr).

Propos recueillis par Emmanuel Maistre
Traduction : Claude Guillaumaud-Pujol, Dany Khayat, Michel Thuriaux, Tim Broadbent.

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