Une tribune pour les luttes

Commémoration du génocide rwandais (1994-2004)

Pourquoi sommes-nous concernés ?

Article mis en ligne le dimanche 21 mars 2004

Entre avril et juin 1994, plus d’un million de personnes ont été tuées en 100 jours au Rwanda parce qu’elles n’appartenaient pas à la "bonne race". Les Tutsi, fichés ou identifiés "au faciès" (selon les préjugés répandus), ont été systématiquement exterminés, des vieillards aux nourrissons. Les opposants Hutu qui ne voulaient pas participer aux massacres ont également été sauvagement massacrés. Ce génocide prévisible, et qui aurait pu être empêché, a été commis avec la complicité des autorités françaises.

L’héritage colonial

Pourtant, avant la colonisation, le Rwanda était depuis plusieurs siècles un État-Nation dont les composantes démographiques (Hutu, Tutsi et Twa) éparpillées sur toute l’étendue du pays partageaient la même langue, pratiquaient les mêmes coutumes et une même religion. Hutu, Tutsi et Twa n’étaient donc ni des races ni des ethnies, mais plutôt des catégories socio-économiques liées aux différentes activités, avec des possibilités de passage de l’un à l’autre.

Ce sont les colons, Allemands, puis Belges, avec le soutien de l’église catholique qui ont appliqués aux africains les thèses du "racisme scientifique". Pour administrer le pays, ils se sont appuyés sur les notables de l’aristocratie Tutsi, décrétée "race supérieure" et ont mis en place une classification raciale de la population. Mais lorsque les idées d’indépendance et de laïcité prennent de l’ampleur, les colons Belges opèrent un retournement d’alliance et appuient une nouvelle politique ethnique du "peuple majoritaire" Hutu, qui donnera lieu à des massacres à répetition et à un exode massif de populations vers les pays voisins.

Arrivée de la France

En 1990, au début de la lutte pour la libération du Rwanda par le Front Patriotique Rwandais (FPR, luttant pour permettre le retour des expatriés), le gouvernement a lancé une nouvelle vague de massacres. C’est la même année, à la suite d’un débat parlementaire mouvementé sur la situation au Rwanda et l’implication de la Belgique, que l’opinion publique belge bascule, et pousse au retrait le gouvernement, qui n’avait plus de toute façon les moyens de sa politique impérialiste. Ce territoire laissé libre est une aubaine pour la France qui n’hésite pas à y installer son armée. Le Rwanda représente pour elle une pièce maîtresse sur "l’échiquier" africain, notamment afin de contrôler le Zaïre voisin, et ses immenses richesses. C’est donc en 1991 que la France intervient pour la première fois officiellement afin d’aider le gouvernement du dictateur Habyarimana à repousser les attaques du FPR. L’armée française n’a bien sûr pas fait que passer. Une fois installée, elle est restée.

L’implication française dans le génocide

Le 7 avril 1994, la nuit est donc tombée sur le Rwanda, après cette opération Amaryllis (qui avait pour but officiel d’évacuer les ressortissants étrangers du Rwanda) pendant laquelle les légionnaires et les paras français se déplaçaient au milieu d’un bain de sang. Les tueurs en action, militaires et miliciens qu’ils avaient formés, les saluaient avec respect, fusils ou machettes au poing. Les "comités d’autodéfense populaire", fruits de la coopération militaire franco-rwandaise, se livraient sous leurs yeux, dans la connivence, à l’extermination des civils.

A la fin de l’opération Amaryllis, le tri était fait. Les Blancs étaient évacués. On avait tiré le rideau. Les responsables français avaient clairement donné leurs consentements aux tueurs en laissant faire. Les massacres pouvaient alors se développer dans tout le pays, sans témoin étranger, dans "la nuit rwandaise"…

La question de la complicité de la France dans une telle horreur reste difficile à concevoir. C’est presque une question de bon sens : comment des dirigeants honorables et respectés aurait-ils pu s’engager dans une telle abomination, après la Shoah, après le "Plus jamais ça" unanime des nations ? Mais malheureusement les faits sont là, difficilement audibles mais véridiques : la France est impliquée au plus haut point dans ce génocide.

La Françafrique au travail

De 1990 à 1994, des membres de l’armée française, le Détachement d’Assistance Militaire d’Instruction (DAMI) ont aidé à former l’armée officielle rwandaise, 100 % Hutu, en la faisant passer de 5000 à 50 000 hommes, sans compter les escadrons de la mort "Interahamwe". Cette armée a bien sûr besoin d’armes, de matériel, de logistique… pas de problème, la France pourvoit très bien à ses besoins… C’est ensuite cette armée, bien entraînée et équipée par la France, qui va organiser, encadrer et perpétrer, avec l’aide des miliciens et d’une grande partie de la population, les massacres et le génocide.

Pendant le génocide, la France va continuer à soutenir politiquement, financièrement, et matériellement le gouvernement rwandais alors même que celui-ci est en train d’éliminer la population Tutsi vivant au Rwanda. Ainsi les dirigeants français ont reçu à l’Elysée et à Matignon les représentants de l’Etat génocidaire rwandais le 27 avril 1994, alors que celui-ci procédait depuis trois semaines à l’élimination systématique des Tutsi. Ils poussent parallèlement le désengagement des nations unis au Rwanda par le vote au conseil de sécurité de la Résolution 912, le 21 avril 1994, qui réduit la MINUAR à moins de trois cents hommes sur le terrain.

Finalement, en juin 1994, à la fin du génocide grâce à la fameuse opération Turquoise, faussement qualifiée " d’humanitaire ", la France va, sous couvert du mandat de l’ONU, réussir à faire évacuer vers le Zaïre les principaux génocidaires, dont des membres éminents du gouvernement, qui avaient contribué à la planification et à l’organisation des massacres. Lors de la session annuelle de la commission des droits de l’homme des Nations Unies de 1994, notre pays a tout au contraire bloqué la mise en accusaiton "d’actes de génocides contre les Tutsi" portée par la commission internationale d’enquête sur les violations des droits de l’homme au Rwanda, pour éviter que le Rwanda ne fasse l’objet d’un débat public. En 1998, la mission d’information parlementaire française sur le Rwanda présidée par Paul Quilès, qui a écarté la demande d’une commission d’enquête, a été manipulée pour que ne soit pas reconnue la responsabilité de la France. Aujourd’hui encore le Gouvernement Français et son ministre des Affaires étrangères de Villepin participent au négationnisme ou au révisionnisme en prônant la thèse du double génocide que tentaient déjà de faire accroire en 1994 les services de propagande de notre armée.

On pourrait retenir de tout cela, de même que les autorités françaises que "dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important" (confidence de François Mitterand à des proches au cours de l’été 1994, rapporté dans Le Figaro du 12 janvier 1998).

Non, ce qu’il faut réellement retenir, c’est qu’un génocide de cette ampleur - plus d’un million de morts en trois mois - n’aurait pas pu avoir lieu sans le soutien avéré et décisif de la France. Fin mars, se tiendra une Commission d’Enquête Citoyenne dont nous rendrons compte. A l’initiative de Survie, d’Aircrige, de la Cimade et de l’Observatoire des Transferts d’Armements, cette commission se donne pour objectif de faire la lumière sur la complicité de la France dans un des plus graves crimes du XXème siècle.

Nous ne pourrons pas dire une seconde fois : "nous ne savions pas..."

Comment peut-on tolérer que le peuple français soit maintenu dans l’ignorance ? On ne peut accepter que les plus hautes autorités politiques et militaires aient pu, en toute impunité, se faire les complices d’un génocide, pas plus que nous ne pouvons accepter qu’aujourd’hui comme hier, la France continue de soutenir des dictateurs qui oppriment de façon sanglante les peuples Africains.

- Il nous faut dire non à tout ce qui a permis cette complicité de génocide, et qui, s’il reste non dit et inchangé, permettra sa répétition.

- Il faut que la question de la politique africaine de la France occupe le devant de la scène médiatique française.

- Il faut briser le silence complice.

- Il nous faut (ré)agir et dénoncer cette politique odieuse de la France en Afrique.

Premiers Signataires :

Survie 13, LDH Marseille Nord-Sud, Amnesty International, CDATM, MRAP, PCF, Les Verts, LCR, Résister, ATTAC Marseille-Nord, Mouvement de la Paix, Ballon Rouge, Aix Solidarité, Témoignage Chrétien, Cimade, Rouge vif.

Pour plus d’infos :
- www.enquête-citoyenne-rwanda.org
- Alison des Forges (FIDH), Aucun témoin ne doit survivre, Karthala, 1999
- Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, Tahin Party, 2001
- Jean-Paul Gouteux, La Nuit rwandaise. L’implication française dans le dernier génocide du siècle, L’Esprit Frappeur, 2002
- Michel Sitbon, Un génocide sur la conscience, L’Esprit Frappeur, 1998
- Jean-Pierre Chrétien (dir.), Rwanda : Les médias du génocide, Karthala, 1995
- François-Xavier Verschave, La Françafrique, Stock, 1998
- Roméo Dallaire, J’ai serré la main du Diable, Libres Expression, 2003

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